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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 15:00

 

 

 

Céu sobre Agua

 

Film de José Agrippino de Paula  (1978)

 

 Jusqu'au 17 octobre, le centre Pompidou propose la première rétrospective du cinéaste José Agrippino de Paula (1937-2007), l'un des fondateurs du mouvement appelé tropicalisme, auquel a appartenu Caetano Veloso, le célèbre chanteur brésilien. Durant ce court hommage (en durée), le seul film qu'il nous a été donné de voir ne permet pas de cerner l'esthétique de ce mouvement, manifestement au départ surtout musical. "Céu sobre agua" (litt. "ciel au-dessus de l'eau") est un court-métrage que Agrippino de Paula a consacré à sa compagne Maria Esther.

 

 Le début du film est proprement sidérant, en ce qu'il induit des perturbations quant à l'identification d'une image. On est à la fois placé dans une hypervisibilité - on y voit la moitié d'un corps de femme totalement nu - et devant la difficulté à localiser ce corps dans l'espace. De fait, c'est à un double flottement auquel nous sommes confrontés : flottement de ce corps à travers les jambes s'agitant doucement dans le vide, donnant l'impression de nager dans un espace imaginaire ; tout autant que flottement de notre pouvoir rétinien à déterminer une assise du plan.

 

 Cette explosion immédiate du corps dans l'image - limité dans sa totalité mais plein dans ce qu'il révèle de son intimité -, on peut l'envisager comme annonciatrice de ce que l'on verra pendant tout le film : une exaltation d'un corps de femme dans son rapport avec l'eau. Pas d'histoire, si ce n'est la représentation d'étapes majeures à travers son corps : enceinte, puis avec son enfant. Tout cela tient en vingt minutes, et donne parfois lieu à des plans sidérants, comme ceux, répétés en une incantation visuelle,  du corps de Maria Esther au premier plan, dans une mer d'un bleu si resplendissant qu'on la croirait repeinte, tandis qu'en arrière-plan se détachent de hiératiques palmiers. 

 

 Tout cela pourrait inscrire "Céu sobre agua" du côté du mouvement hippie - qui est l'une des influences revendiquées du tropicalisme -, avec ce que cela suppose d'écart par rapport à la civilisation au profit d'une pure jouissance physique. L'utilisation de la musique de Ravi Shankar, récupérée par les hippies, semble l'attester. Mais le film de Agrippino de Paula se situe au-delà (ou en deçà) de cette influence teintée d'idéologie et d'utopie, naturiste notamment. Avec le cadre dans lequel s'ébat Maria Esther, seule, puis avec sa petite fille, on est avant tout dans une histoire intime, puisqu'il s'agit d'un cinéaste filmant sa compagne. Mais l'espace dans lequel elle se meut - sorte de paradis terrestre marqué par sa virginité et son inviolabilité - donne tout simplement l'impression de se trouver devant un film sur l'origine. L'origine du monde. 

 

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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