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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 16:16

 

 

 

 

 

 

Debapriya Adhykary, chant khyal ; Samanwaya Sarkar, sitar

Madhurjya Barthakur, tabla

 

 

 Deux trentenaires ont investi la salle du Théâtre de la Ville, aux Abbesses, pour un jugalbandi (duo) rare. Stimulant sur le papier, l’échange entre Debapriya Adhykary, au chant khyal et de Samanwaya, au sitar, a tenu toutes ses promesses. S’il est vrai qu’on est plus habitués aux duos entre instrumentistes indiens, que le chant emblématique du Nord, d’où découle toute instrumentation, entre en dialogue avec le plus célèbre instrument de la musique traditionnelle indienne suscitait une attention encore plus vive.

 

  Mais c’est sans doute autre chose qui a frappé les spectateurs de ce concert, lors de l’apparition des duettistes. Tous les deux vêtus exactement de la même façon, d’un beau costume blanc, on eut dit qu’ils poussaient la rencontre musicale au point de la renforcer d’une identité visuelle. Et le joueur de tabla qui les accompagnait, comme pour ne pas déroger à cette unité, était lui aussi habillé en blanc.

 

  Cette relation d’unité, à notre sens, n’est pas qu’une pirouette esthétique de bon aloi. Debapriya Adhykary et Samanwaya Sarkar se ressemblent en effet beaucoup, au point que les dévisager pendant leur prestation sur scène renforce l’impression d’avoir devant soi des jumeaux. On a ainsi envie de croire que leur rencontre musicale est rendue d’autant plus évidente – dépassant ainsi la question de la rareté voix-instrument – qu’elle s’appuie sur une proximité gémellique.

 

  A mesure que l’on se concentrait sur le concert, un autre élément donnait décidément une touche singulière à l’échange : l’absence de tampura, cet instrument égrenant le bourdon, tapisserie sonore sur laquelle brodent les musiciens. Au tout début, c’est Samanwaya Sarkar qui se chargeait d’imprimer cette rythmique avec son sitar, tandis que Debapriya Adhykary se lançait dans un long développement (alap) du raga Marwa, dédié à Shiva. Cette voix chaude, profonde, si propre au chant khyal chez les hommes, a cette fois-ci séduit par son empreinte claire, sa tonalité suave, liées à la jeunesse de Debapriya Adhykary. C’est que, sur les scènes du Théâtre de la Ville, on est plus habitués aux chanteurs âgés (Pandit Jasraj, ou plus récemment …) chez qui la maîtrise vocale se double d’une fragilité physique.

 

  Quand les deux musiciens s’adonnent alors pleinement à leur art, jouant ensemble, où alternant leur développement, c’est toute la subtilité des ragas qui saute aux oreilles. Entre les accélérations et les moments de pause – qui permettent au tabla de s’exprimer -, on sent que la complicité de Debapriya Adhykary et Samanwaya Sarkar est totale. On reste par ailleurs émerveillé par ces gestes caractéristiques du chanteur, qui abandonne parfois son swaramandal (cithare) pour dessiner dans l’air de grandes arabesques de ses mains. Ce supplément gestuel qui vient aiguiser la voix, la portant sur des cimes narratives vertigineuses, renvoie à la dimension fondamentalement méditative de cet art. Le seul fait d’entendre à certains moments le nom de Shiva nous fait comprendre que cette musique, de s’élever ainsi, côtoie les cieux.

 

Debapriya-Adhykary---Samanwaya-Sarkar.JPG

                                                      Photo : Georges Jumarie

 


 

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