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29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 15:00

 

 

 

 

  

 

Kaushiki Chakrabarty, chant khyal

 

Subhankar Banerjee, tabla ; Gourab Chatterjee, harmonium 

 

 Annoncée au Théâtre de la Ville en juin 2009, après un passage très remarqué dans la même salle la saison précédente, Kaushiki Chakrabarty, enceinte, dut annuler son concert. La revoici, deux ans après, la fille du grand chanteur Ajoy Chakrabarty, qui eut lui aussi l'honneur de cette grande salle. Le public amateur de musique indienne savoure la chance qu'il a de pouvoir assister à la prestation de musiciens issus de lignées familiales ou d'écoles musicales spécifiques. 

 

 Avec Kaushiki Chakrabarty, il ne s'agit plus seulement d'assister à un concert : on vient dans la salle participer à des expériences temporelles multiples. Il y a d'abord un défi à nos modes de représentations artistiques, qui exclut cette notion d'école ou de lignée. Cela rend d'autant plus passionnant l'écoute de cette jeune femme de 31 ans, déjà considérée comme l'une des meilleures chanteuses de sa génération. Evidemment, elle a de qui tenir, mais d'être la fille d'Ajoy Chakrabarty n'explique pas tout, quand on apprend qu'elle a eu aussi comme guru un autre maître de la musique indienne. 

 

 La transmission apparaîtrait comme une évidence, comme un gage de qualité, si l'apparition de Kaushiki sur scène n'installait pas un autre rapport au temps, fondé sur l'immédiateté du live : le temps accordé à la préparation des instruments (particulièrement de la tampura, que Kaushiki accorde elle-même) ; le temps de signifier son plaisir d'être là, de présenter le raga qu'elle va interpréter (raga Madhuvanti). Le temps, en somme, d'installer une atmosphère propice à une forme de recueillement, ce que l'alap du chant khyal (long développement lent) favorise amplement.

 

 La fraîcheur en question tient également à la présence physique de la chanteuse : on sent chez elle comme une timidité de jeune femme face à une salle de mille places - en quoi le plaisir exprimé à être là ne paraît ni feint ni obéir à une simple convention. Fraîcheur encore, liée aux regards échangés entre elle et ses accompagnateurs, qui expriment à quel point rien n'est donné - lors d'un concert d'Amjad Ali Khan, fameux joueur de sarod (un luth), il avait suffi que la tampura se désaccorde pour que le musicien interrompe brutalement un magnifique alap.

 

 Comme souvent chez les chanteurs de khyal, le chant s'accompagne de gestes, aux confins de la chorégraphie. Dès les premiers développements méditatifs de l'alap, les mouvements lents des mains de Kaushiki viennent renforcer le peu de mots égrenés lors du chant. Par cette extension corporelle proche des postures de danseuses, ce style nous met au contact du point d'origine de toute vocalisation. La tête ronde de Kaushiki, enfantine, dodelinant au gré de son inspiration, nous invite ainsi à pénétrer les arcanes d'un chant virtuose.

   

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