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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 09:41
 
 
 
 
La Paura
 
Film de Pippo Delbono
 
 On oublie très vite que "La Paura", de Pippo Delbono, est filmé avec un téléphone portable. On balaie d'emblée l'argument selon lequel le recours à cet objet emblématique serait une manière de coller à une mode de filmer rapide et facile. Les premiers plans du film pourraient laisser penser à une plongée dans le narcissisme qui menace cet usage facile : un homme qui filme son corps sous toutes les coutures, au point d'en révéler les moindres saillies de par sa nudité affichée. Mouvements parcourant un ventre bedonnant, approche quasi obscène de l'intérieur de la bouche : l'entrée en matière du film renvoyant sans doute à l'inélégance inhérente à ce mode de filmage, contourne très vite ce nombrilisme (c'est le cas de le dire).
 
 Car "La Paura" est un film d'invective, politique, engagé. Un film de guerre, que viendrait souligner, dans un écart lié à cette pauvreté esthétique, la musique de Prokoviev, "Alexandre Nievski", illustration du film de Eisenstein. L'invective, très tôt dans le film, se rapporte notamment à cette scène désopilante, où un scientifique se lance dans une interprétation de l'émergence de l'obésité, avec conseils précis à l'appui, alors qu'il est lui-même... obèse. Le sérieux du discours s'accompagne inexorablement de son pendant comique.
 
 La démarche de Pippo Delbono se situe finalement dans la lignée de son compatriote Nanni Moretti, avec une virulence supplémentaire. Ainsi, dans la scène sans doute la plus emblématique du film - dénonciation du racisme galopant en Italie -, Pippo va jusqu'à s'immiscer dans les obsèques d'un africain. Fustigeant un "pays de merde", il ne répond pas à la courtoise injonction d'un policier lui demandant de quitter l'endroit. Il poursuit alors ses imprécations liées à l'absence des politiques à ces obsèques, s'excusant, dans un ultime politesse, de son irruption. La sincérité de la révolte rappelle fortement une scène, dans "Aprile", de Moretti, où le cinéaste, rompu aux interventions politiques, interpellait la gauche, à travers une scène télévisée, écoeurée par l'absence de réactivité de celle-ci face au triomphe de Berlusconi (déjà).
 
 Les  séquences consacrées aux divertissements calamiteux de la télévision italienne ne représentent pas qu'une simple dénonciation. Bien d'autres l'ont suffisamment fait pour que la démarche de Delbono se révèle originale. Simplement, le fait de coller son portable à même l'écran pour en restituer de longs extraits témoigne d'une volonté de simplement rendre compte d'une réalité effective, comme s'il nous disait qu'il fallait faire avec. Le filmeur, en confondant son support avec l'objet filmé, l'incorpore en quelque sorte pour nous signifier que la réalité restituée, aussi horrible soit-elle, est également la sienne. L'attraction de la caméra est d'autre part signifiée par une séquence très forte où, dans un camp de laissés pour compte, des enfants manifestent un désir compulsif d'être filmés en se postant inlassablement devant le portable de Pippo Delbono. Exclus de la société mais ayant bien intégré le pouvoir d'attraction des images.
 

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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