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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 22:00

 

 

 

 

Subarnarekha

 

Film de Ritwik Ghatak (1965)

 

Avec  Madhabi Mukherjee, Abhi Bhattacharya, Satindra Bhattacharya

 

 Si, dans "Etoile cachée", Nita est entièrement dévouée à son frère, dans "Subarnarekha", à l'inverse, le dévouement s'opère d'Ishwar à sa petite sœur Sita. La morale du dévouement précède et excède tout volontarisme. Elle est ontologiquement ancrée dans les personnages, à tel point qu’ils y sont aliénés. Le dévouement s'envisage comme une action totale, car peu sujette à une remise en cause. Les personnages sont polarisés par devers tout à leur action, tout en étant à un moment dépassés par elle.

 

 A cet égard, il est difficile pour ces personnages de mettre en oeuvre une psychologie qui leur soit propre. Ils sont mûs par une force qui, comme dans la tragédie grecque ou classique, les assujettit à un comportement uniforme. Ici, c’est la nature qui représente cette force transcendante. A la fois transcendante, car supérieur aux personnages (le frère comme la sœur) mais également immanente, car préexistant à toute donnée humaine.

 

 Dans "Subarnarekha", comme dans "Etoile cachée", s’il y a une force immanente qui domine les personnages, en dehors de l’immobilité produite par leur obstination morale, c’est bien par la musique qu’elle se manifeste. Déjà très présente dans "Etoile cachée" elle franchit un pallier supplémentaire dans "Subarnarekha", en envahissant le champ de l'image. Portée par la tradition musicale indienne, elle devient un monde à part entière. Chez Sita, il y a cette tentative de se fondre à cet univers sonore. Bien qu’on lui reconnaisse un talent de chanteuse, qui lui permettrait de sortir de sa condition de plus en plus misérable, la séparation radicale entre l’humain et le musical se maintient.

 

 La musique fonctionne aussi comme un relais du destin oppresseur, la conscience suprême qui opère par delà les personnages. Et quand bien même Sita donne parfois l’impression d’être dans un rapport serein à la nature, tout cela se révèle illusoire. Il y a à cet égard un moment où elle est filmée de dos ; mais avant qu’on la voit effectivement chanter en remuant les lèvres, pendant un instant perce l’impression que cette voix si claire, si haute, si épanouie, ne lui appartenait pas mais n’était qu’une émanation de la nature et venait progressivement l’habiter. Comme si elle n'était qu'un réceptacle du chant, possédée, (donc dépassée) par son propre désir.

 

Comme dans "Etoile cachée", le seul moyen pour les personnages de se dégager de cette force qui les dépasse est de se confronter à une situation paroxystique, fonctionnant à la fois comme trauma et comme catharsis. Cette situation, chez le personnage principal, se manifeste principalement par un cri strident ou par un coup de force sonore. Dans "Etoile cachée", Nita se met à la fin à hurler "Je veux vivre", comme première et ultime prise de conscience de l’aliénation dans laquelle la maintient son dévouement. Dans "Subarnarekha", la musique devient dissonante et stridente à la fois, au moment du suicide de Sita. Sa puissance sonore, sa force irruptive, déflagratrice, doit être inversement proportionnelle à la durée pendant laquelle le personnage a vécu dans l’inconscience de sa condition.

 

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