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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 10:54
 
 
 
Cédric Andrieux
 
Spectacle de Jérôme Bel
  
 Un cri poussé dans la salle n'aura pas suffi. Cri d'une spectatrice révoltée, cri primal d'insastisfaction, réaction sans doute liée au fait d'assister  à un spectacle éloigné de son attente. Sentiment de solitude, dans cette révolte qui l'amène, en un ultime sursaut, à une tentative d'entrainement du public. Mais elle ne trouve que rumeur exaspérée, injonction au silence. Lui, devant cet ouragan passager, se contente de dire, toujours sur le même ton qui nous fait sentir qu'il est totalement ancré dans son rôle : "Je reprends". Lui, c'est Cédric Andrieux, dont le nom donne son titre au dernier spectacle de Jérôme Bel.
 
 Il se présente sur scène pour raconter sa vie. Programme pas forcément réjouissant de prime abord, quand on sait à quel point, dans ce genre d'exercice, le narcissisme menace de pointer son nez. On a d'ailleurs l'habitude d'attendre d'un danseur... qu'il danse, tout simplement. Mais insistons là-dessus, le spectacle "est" de Jérôme Bel, et s'inscrit dans une série où le chorégraphe demande à un ou une danseuse de retracer son parcours sur scène, comme Véronique Doisneau en 2004.
 
 L'originalité de cet opus tient sans doute à son caractère de documentaire vivant. Sur scène, devant nous, ce que dit Cédric Andrieux - pour autant qu'on adhère à ce procédé - captive littéralement. Car ce qui est au bout du compte mis en avant n'est pas tant la trajectoire seule de Cédric Andrieux que sa relation avec les chorégraphes avec qui il a dansé, en particulier Merce Cunningham (hommage oblige). Le ton égal, feutré, posé, avec lequel il narre son histoire - lié à l'usage d'un micro -, n'en restitue pas moins le chaos de ce cheminement. Etre dans la troupe du grand chorégraphe américain est loin d'être une cinécure. Cédric Andrieux ne se contente pas de faire l'éloge d'un style ; il dit aussi sa lassitude, ses difficultés, ses doutes, toujours à travers cette voix feutrée.
 
 Cette façon de rendre compte d'un parcours, à travers les exemples chorégraphiques dansés, crée comme un choc des temporalités : il s'agit de faire advenir sur scène un certain passé.  On perçoit la difficulté de certains exercices préparatoires de Merce Cunningham - Andrieux nous les montre avec une certaine minutie. La parole offre au corps la possibilité de s'exprimer à nouveau, d'abolir les distances, de rendre vivaces les styles. Ce qui a été difficile l'est d'autant plus que Cédric Andrieux, bien que jeune encore, n'est pas le même que celui qui partait confiant aux Etats-Unis pour intégrer la troupe de Merce.
 
 Parole libératrice, certes, tamisée, mais qui n'en révèle pas moins le dur apprentissage de la danse ; qui n'en atténue pas, par les extraits dansés, la rigueur. Il s'agit littéralement de filtrer la violence du réel dans le tamis de la parole. C'est ce qui rend ce spectacle intense, sous ses dehors apaisés. Le récit de Cédric Andrieux n'en devient que plus lumineux. Le spectateur le perçoit d'autant plus que, loin de se présenter d'une manière close, verticale, il lui est adressé. Chaque extrait dansé est précédé d'un "Je vais vous montrer" - d'où la dimension performative de la parole.  Non ! Un cri dans la salle ne peut suffir à empêcher ce rayonnement.
 

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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