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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 22:00

 

 

 

                       

                    

 

La piel que habito

 

Film de Pedro Almodovar

 

Avec Antonio Banderas, Elena Anaya, Marisa Paredes  

 

 

  Le dernier film de Pedro Almodovar laisse des impressions mitigées. On a la sensation d'assister à la quintessence de l'univers du cinéaste espagnol, par la profusion de thèmes exploités depuis ses débuts (claustration, inversion sexuelle, thriller). A la fois accomplissement sous forme de clôture lié, nous semble t-il, à une maturité créatrice, et recyclage rétrospectif. Pour autant, cette conjonction thématique, jointe à une virtuosité formelle, contient aussi sa propre critique, comme si tout cela menaçait de basculer dans une impasse cynique.

 

 "La piel que habito" est loin de la période romantique, sentimentale, de Pedro Almodovar (dont l'apogée serait "Tout sur ma mère"), mais renvoie davantage à "Attache-moi", tourné en 1989, dont Antonio Banderas était déjà le personnage principal. Les deux films, outre le fait d'être cimentés par la présence du même acteur, ont cette parenté liée à la question de la séquestration. Plus radical dans son propos, le dernier Almodovar assombrit l'horizon relationnel en travaillant la question de la persistance d'un lien, au travers d'un comportement démiurgique. Le mythe de Frankenstein n'est pas loin, tout autant que le "Vertigo" d'Hitchcock.

 

Mais "La piel que habito" est à ce point débarrassé de tout élan romantique qu'il reste dominé par une certaine sécheresse, une froideur assez glaçante. Si on admire l'élégance formelle du film, l'enroulement narratif qui nous fait plonger dans le passé, on peut aussi trouver cela presque trop bien construit, avec, dans la non chronologie, une clarté prononcée dans les explications. Un peu de bouffonnerie se glisse dans le film avec l'apparition du "Tigre", Zeca, le frère du chirurgien. Son accoutrement, s'il peut évoquer celui de Victoria Abril dans "Kika" - le film le plus théorique d'Almodovar à ce jour -, frappe surtout par l'auto-parodie qu'y injecte Almodovar.

 

 Imaginer que c'est ce bouffon de Zeca qui avait disparu avec Vera, la femme du chirurgien en dit long sur le cynisme généralisé du film, la volonté d'Almodovar d'enserrer ses personnages sous une chape d'inhumanité. Le corps n'y est plus que l'expression de champ d'expérimentation, où interviennent peu les affects, totalement empêchés : la relation d'un soir de Vicente avec Norma, la fille du chirurgien, tous les deux sous l'emprise d'une drogue ; les retrouvailles de Zeca et de Vera. Difficile d'imaginer, après la transformation de Vicente en Vera, un épanouissement amoureux, dès lors qu'il n'est pas consenti. La puissance démiurgique butte nécessairement contre la relativité affective.

 

 Avec la séquence finale, une certaine humanité finit par réinvestir le champ de ruine des relations. Mais c'est au prix d'un retour au bercail douloureux, qui amène  à s'interroger sur la persistance de cette thématique autour de la figure de la mère, dont Almodovar n'arrive décidément pas à se débarrasser. 

 

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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