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22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 10:38

 

 

 

http://www.festivaldelimaginaire.com/local/cache-vignettes/L1009xH670/arton136-d7e59.jpg

 

 

Le Ca Trù

 

Chant classique du golfe du Tonkin

 

Nguyen Thuy Hoa, chant et clave phach ; Nguyen Kieu Anh, chant et clave phach

Nguyen Manh Tien, luth dan day , Nguyen Van Khue, tambour d’éloge trong chau

 

 

 Ce fut un curieux concert que celui consacré le 20 mars au Ca Trù, style vocal classique doublement inscrit au Patrimoine mondial de l'Unesco. Curieux d'abord par la fait que ce style a déjà été représenté sur la scène de la Maison des Cultures du Monde il y a une vingtaine d'années. Curieux par ce qui s'y joue de représentation d'une tradition ancienne et de son dépassement. Tout cela rendu par un groupe constitué des membres d'une même famille, en particulier par deux femmes, dont la plus jeune est à la fois l'élève et la nièce de l'autre.

 

 Il faut vraiment avoir l'œil aiguisé pour sentir une différence d'âge entre elles. La distinction se fera réellement sur un plan strictement musical. Entrant tour à tour sur scène, elles sont accompagnées par deux musiciens : l'un joue du tambour d'éloge (une belle expression pour désigner des frappes qui, jadis, servaient à valoriser le chant de l'interprète) ; l'autre égrène des sons rêches sur un luth dan day, utilisé uniquement dans le Ca Trù, mais très typique des luths vietnamiens, avec leur manche démesuré.

 

 Nguyen Thuy Hoa, assise sur le sol, dans une élégance toute aristocratique, un léger sourire illuminant son visage, se charge de faire connaître l'aspect classique du Ca Trù, avec une voix légèrement éraillée, nasillarde. Elle séduit par sa générosité vocale, sa façon de restituer l'une des particularités de ce chant en émettant des vibrations particulières, la bouche parfois à demi-close. Elle soutient en permanence son chant en exécutant avec deux baguettes des frappes sur le phach, une planchette disposée devant elle. Sa maîtrise de cet instrument a l'air parfait, conférant à ses morceaux une vraie rythmique, qui n'est pas sans évoquer une sorte de swing que l'on retrouve dans d'autres styles vietnamiens.

 

 L'alternance des deux chanteuses a le mérite, petit à petit, de marquer leur différence d'interprétation. La bouche chez Nguyen Kieu Anh s'ouvre plus, et son chant, moins saccadé, s'étend plus longtemps, avec un lyrisme supplémentaire. Mais son jeu de phach, est moins marqué par le maintien d'un rythme soutenu, que par l'application d'un tempo mesuré. Il arrive même qu'elle ne s'en serve pas du tout. Il est heureux pour cette chanteuse d'être à la fois l'élève d'une parente et de pouvoir s'affranchir de son style.

 

 Quand aux musiciens, à peu près au milieu du concert, on a la surprise de les voir… intervertir leurs instruments et leur place, pour se rendre compte que leur façon de jouer du luth est différente : là ou le premier, plus âgé, se signalait par un jeu plus rugueux, sec, axé sur une approche parfois percussive des cordes, le deuxième – qui accompagne surtout Nguyen Kieu Anh – a un jeu plus mélodique, plus souple, s'adaptant au lyrisme de la chanteuse. Gageons que le Ca Trù, à travers ces variations de jeu et d'interprétation, gardera encore longtemps une vivacité sur scène.

 

Dernière représentation le 23 mars à 17 h.

 

 

 

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