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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 10:43

 

 

 

 

 

 

 

Le chant du semah alevi

 

Armağan Elçi, chant ; Uğur Top, luth baghlama

 

Aşık Cemal Hakiroğlu et Aşık Memet Şahin, chant et baghlama 

 

 

 Ce fut un curieux concert qui s'est déroulé à l'auditorium du Louvre, le dimanche 14 avril. En ce jour printanier ou régnait la chaleur et le soleil, entrer dans la salle donnait une impression de grisaille (les fauteuils confortant par ailleurs cette grisaille). Habitués aux couleurs et aux tenues chatoyantes des participants, les spectateurs du festival de l'Imaginaire ont vu surgir sur scène deux hommes munis de leur luth baglama, et vêtus de costumes-cravates (l'un d'eux portant un béret).

 

 Pas de quoi, donc, de prime abord, provoquer un débordement imaginaire, compte tenu du sérieux affiché par les deux hommes (Aşık Cemal Hakiroğlu et Aşık Memet Şahin), pour ne pas dire de la rigidité. A eux d'ouvrir le concert, sans pour autant avoir le temps de s'exprimer amplement : une dixaine de minutes et puis s'en vont. Pourtant, la prestation d'Aşık Cemal Hakiroğlu retenait un peu plus l'attention, du fait d'un style différent d'Aşık Memet Şahin : plus ample, prenant une allure de barde, il nous faisait doucement dériver vers l'Asie centrale, où le chant vire à l'épopée.

 

 Après ce court prélude, l'entrée en scène d'Armağan Elçi et d'Uğur Top se voulait radicalement différente : elle, vêtue d'une robe scintillante de mille feux, lui, en noeud papillon, chaussures noires reluisantes, comme si l'on passait du bistrot à la soirée Vip. Style campagnard contre style urbain. Séparation qui se voudrait renforcée par le fait que la chanteuse, Armağan Elçi, est également ethnomusicologue et professeur à l'université. Elle et son accompagnateur ont tous deux leur partition devant les yeux. Très inhabituel au festival de l'Imaginaire.

 

 Avant de s'intéresser au style vocal d'Armağan Elçi, c'est son port qui étonne : ampleur des gestes, expressivité maximale visant à traduire physiquement les nuances des textes (souvent anciens) qu'elle chante. On dirait un croisement entre une chanteuse populaire et une diva opératique. Mais, à côté de cette expressivité maximale, la voix garde une tenue, une souplesse, une ligne continue. Clarté du timbre, ornementations typiques des chants turcs, où on ne part jamais dans les lignes vocales débridées des musiques arabes, mais où chaque embardée retrouve le terrain mélodique tranquillement balisé.

 

 Durant ce concert, une manière inhabituelle n'a pas manqué de surprendre : entre les morceaux relativement courts, Armağan Elçi s'est adressée au public turc... en turc, laissant le reste de la salle perplexe. Plus étonnant encore, lors d'un chant, une partie de la salle, surtout constituée d'hommes, reprenait en écho un refrain. Leurs voix étouffées, contrôlées, donnaient l'étrange sensation que le choeur, au lieu de se trouver sur scène, était allé se confondre dans la salle. Bref moment, mais qui aura contribué à distiller un charme inattendu.

   

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