Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 16:00

 

 

 

 

 

 

Le dernier voyage de Tanya

 

Film de Aleksei Ferdochenko

 

Avec Yuliya Aug, Igor Sergeyev,Yuri Tsurilo

 

"Celui qui se noie meurt de joie, de tendresse et de tristesse"

 

 

 La matière initiale de ce film russe est documentaire, ou plutôt historique. Par l’intermédiaire d’une voix off, un narrateur (Aist, le personnage principal du film)  nous relate l’existence des Méria, un peuple d’origine finlandaise venu s’établir il y a très longtemps en Russie. Il a conservé des rituels très particuliers, païens, si l’on peut dire, relatifs notamment à la mort. Le narrateur, lui-même d’origine Méria, expose son envie de préserver cette culture ancienne. Tout le film, en se fondant sur cette prétendue véracité, va s’évertuer à injecter dans les rets de la fiction cette sève historique. La contamination est le moteur supposé faire avancer l’intrigue, dont le ressort principal est la mort d’une femme que son mari, avec l’aide du narrateur, va emmener en voiture accomplir un dernier rite typique des Mérias.

 

 Le premier élément frappant dans ce film en demi-teinte, épousant la monotonie d’une région peu peuplée, c’est précisément la relation à la Finlande. En regardant le visage du narrateur, on ne croit pas forcer l’identification en croyant y voir la bouille d’un personnage sorti d’un film de Aki Kaurismaki. Mais il y a peut-être plus qu’une question de ressemblance physique. Le ton du film, lent, le mutisme des protagonistes, relayés par leur inexpressivité, évoquent très vite l’univers du cinéaste finlandais. Économie dans les déplacements de la caméra, longueur et langueur des plans ; tout cela contribue à installer une atmosphère lourde, mélancolique, happée par le vide. C’est la parole du narrateur, très présente, explicative – sans doute un peu trop, en devançant bien des instants que l’image suffit à révéler – qui fait avancer l’histoire. 

 

 Dans cette exposition des rituels Méria, percent de beaux moments, en particulier celui où Miron, le mari, aidé du narrateur, fait la toilette de sa femme décédée, allongée sur un lit.  Ils l'ont au préalable complètement déshabillée. Gestes lents, attentifs, pudiques, exécutés avec une distance respectueuse, recueillie. Le corps de la femme, que l’on voit pour la première fois, en acquiert paradoxalement une sorte d’animation. Potelée, elle impose sa présence par rapport à l’attention désincarnée des hommes. La séquence suivante en plan rapproché, montrant lors du rituel du mariage des « suivantes » attacher des fils aux poils pubiens de Tanya, revêt une étrangeté particulière.

 

 On peut également se laisser transporter par le récit de Aist sur la relation étroite qu’entretiennent les Mérias avec l’eau, qui confine à la vénération. Le film, en des flash-back attentifs, narre silencieusement l’enfance de Aist, auprès d’un père poète et considéré comme fou. Celui-ci l’emmène avec lui sur la glace gelée enterrer sa machine à écrire, sous ses yeux médusés. Pour Aist, en plus d'être un rituel, la relation à l’eau est profondément poétique, au point qu’il tente d'emprunter les traces du père.

 

 Mais cette nostalgie qui imprime au film ses plus beaux moments, en faisant d’une morte sa figure la plus animée, en signale aussi ses limites. Il y a justement une difficulté, à travers le rituel des Mérias, à opérer un lien avec le présent, à donner du souffle aux personnages masculins. Même chez un Kaurismaki, l’immobilité n’empêche pas la fiction de prendre corps, à coup de salves ironiques et cocasses. Ici, le réalisateur, trop soucieux d’intéresser le spectateur aux Mérias, sacrifie un peu ses deux personnages masculins au point d’en faire non des porteurs de fictions, mais des faire-valoir peinant à prendre appui sur la réalité immédiate.

 

 

Partager cet article

Repost 0
Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
commenter cet article

commentaires

Blog De Karminhaka

  • : Attractions Visuelles
  • : Cinéma, théâtre, voyages, danse contemporaine, musique du monde
  • Contact

Recherche