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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 17:50

 

 

 

 

 

 

 

Le gagok

 


Avec Kim Young-gi, chant ; Sa Jae-sung, tambour janggu ; Lee Jae-hwa, cithare geomungo ; Lee Ji-hye, cithare gayageum ; Kim Dae-yoon, chant

 

   

 Sur la scène de la Maison des cultures du monde, le jeudi 30 mai, un parfum d’Asie s’est répandu une nouvelle fois. La Corée, dont le Festival de l’Imaginaire s’applique à révéler les diverses formes musicales, est venue illuminer la soirée avec la présentation d’un style particulier, le gagok. On en arriverait, de par la régularité de la présence du pays du Matin Calme, à confondre les genres, tant on a souvent affaire aux mêmes instruments.

 

Ainsi sur scène, accompagnant la chanteuse Kim Young-gi, les instruments parmi les plus représentatifs étaient présents : cithares geomungo et gayageum (le plus connu en Occident), tambour janggu, hautbois piri, flûte daegum, vièle haegeum. Tous donnent à la musique traditionnelle coréenne (ici la musique de cour) un cachet reconnaissable. Très prisé au temps de la dynastie Joseon (1392-1910), qu’elle parvienne encore à nos oreilles revêt un caractère particulier ; pas simplement parce qu’elle nous ramènerait des siècles en arrière, mais au contraire parce que, plus que d’autres musiques, quelque chose étonne dans ce style.

 

Il suffit par exemple pour un amateur d’écouter les frappes effectuées par le bâtonnet de bambou sur les cordes de la cithare geomungo pour être saisi par des sonorités évocatrices de la musique contemporaine. On y sent à peine une progression mélodique, quelque chose de rêche et d’heurté qui donne l’impression d’arracher des notes qui peineraient à s’inscrire dans le cadre d’un développement. Il y a comme un « suspens » concernant la note à venir, une extraction pénible, à coup de dissonances patentes.

 

Une impression similaire, plus ténue, émane de l’accompagnement du tambour janggu : accompagnement minimal, comme de simples ponctuations. Parfois, un coup frappé plus fort semble contenir tout un discours musical et dramatique. C’est d’autant plus étonnant quand on sait que la Corée offre avec le Samulnori, un ensemble percussif parmi les plus étonnants de la planète.

 

Dans cet écrin instrumental raffiné, la voix de Kim Young-gi vient se lover avec souplesse. Quand la chanteuse vient s’asseoir sur le devant de la scène, sa robe magnifique semble, telle une fleur qu’on aurait posé sur un étang, se gorger d’eau et gonfler, à la manière d’une scène de « La leçon de piano », de Jane Campion. Loin de l’expressivité vocale opératique du pansori, la chanteuse procède de manière feutrée, sans heurts dans son émission. Quels que soient les sujets abordés (l’attente amoureuse, la nature, les animaux), tout se maintient dans un équilibre pudique. Le drame intime, aussi bien que l'expresion universelle, passés par le tamis raffiné et harmonieux de la voix, s'inscrivent dans une perspective apaisante.

 

 Il y a juste, pour sortir un peu de cette tenue impeccable, une voix de tête qui s’immisce de la part de la chanteuse, comme pour donner à ses émotions un tremblement plus humain, plus fébrile. La présence d’un jeune chanteur de 19 ans, au timbre aussi délicat que déjà puissant, ajoute à ce beau concert, tout en affirmant la vivacité d'un style inscrit au patrimoine de l'Unesco en 2010.

 

gagok.jpg


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