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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 16:00

 

 

 

 

 

 Le roi s’amuse, de Victor Hugo

 

Mise en scène de François Rancillac

 

Avec Denis Lavant, Linda Caïb, Florent Nicoud

 

 Il y a des spectacles dont on se demande par quel genre de miracle ils peuvent tenir. A n’en pas douter, « Le roi s’amuse » en fait partie, tant la proposition de François Rancillac, dès le départ, accumule tics de mise en scène et épate visuelle. Il n’y a pas besoin d’attendre le début du spectacle pour comprendre en quoi, d’emblée, on cherche à nous en mettre plein la vue : des boules scintillantes disposées sur le sol, au point que certaines jettent une lumière aveuglante. Des bâtisses aux contours lumineux. Tout pour évoquer une ambiance de boîte de nuit. Il convient de fournir des efforts d’interprétation pour accepter ce clinquant, au risque de le taxer de gratuité désespérante.

 

 Encore un effort pour avaler, comme dans tant de mise en scène contemporaine – incluant aussi bien l'opéra – la couleuvre lisse de la transposition. Passer de la cour du roi Francois 1er le débauché à l’ambiance nocturne contemporaine, au son de la techno et de danses issues de communauté gay, avec une cohorte de jeunes éphèbes efféminés, vêtus de skaï, de bottes et de cache-sexe, censés figurer les fidèles du roi, voilà de quoi travailler encore son ouverture à la mise en scène. En matière de scénographie, il y a encore besoin, pour les novices, de voir comment fonctionnent les changements de plateau, avec des techniciens et comédiens s'occupant de concert des déplacements d’objets. Au passage, lors de ces moments creux, quelques illustrations musicales, très en phase avec cette modernité, détonnent par leur adaptation rock : La cinquième symphonie de Beethoven, ainsi qu’un extrait des « Quatre saisons » de Vivaldi.

 

 Mais alors, dans tout ce fatras, qu’est-ce qui fait que cela fonctionne, qu’on s’y prend ? C’est de réussir à adhérer, de prime abord, à ce qui nous échappait, recouvert par les effets de mise en scène : le drame et la manière dont les acteurs s’en emparent. Pas évident, avec cette multitude de personnages, de coller à leur voix. Dans ce départ survolté, le texte d'Hugo apparaît précipité dans la bouche de certains, au point que des pans de phrases échappent à l’auditeur peu attentif – le comédien interprétant le roi n’étant pas le moindre. Mais on ne le dira jamais assez, au théâtre, la question de l’incarnation, dans bien des cas, finit par déborder l’attention à la langue. La scène marque le triomphe du corps, des émotions, dont le verbe ne devient qu’un véhicule. Il ouvre progressivement vers une attention au corps, à son langage énigmatique.

 

 Dans la pièce montée par François Rancillac, Denis Lavant (Triboulet) est évidemment l’emblème de cette lutte où son verbe haut perché, aux accents fêlés, rauques, rarement dans la nuance au départ, se confronte à des gesticulations en roue libre. Justifiées par son rôle de bouffon portant une canne, il faut le voir, talons hauts, collants et short court, bondir comme un cabri, s’écrouler, aller entre équilibre et débordements, feulements de tigre blessé et apathie d’ours.

 

 C’est quand l’intrigue se resserre autour de la figure de Triboulet et de sa fille devenant le jouet du roi qu’on bascule, de manière inattendue, vers un drame aux résonances shakespeariennes. Dans ces moments, la vraie révélation de la pièce reste Linda Chaïb, qui incarne Blanche – tout un programme - que Triboulet voulait préserver de la violence du monde. Elle arrive, avec notamment son timbre juvénile, ses gestes candides, à insuffler une vérité qui manquait sans doute à la pièce, qui menaçait de plonger tout ce beau monde dans un cynisme généralisé.

 

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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