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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 16:00

 

 

 

 

 

Lee Jaram

 

 Le pansori, conçu comme une sorte d'opéra coréen, est devenu un genre relativement bien représenté à Paris, depuis un certain nombre d'années. On a déjà pu assister à  la Maison des Cultures du Monde à un spectacle sur-titré, dépassant 4 heures, durée se rapprochant du développement de ce genre dans son espace initial. Au théâtre des Abbesses, où s'est produite Lee Jaram ce dimanche 13 mars, non seulement on n'aura pas eu droit à un respect strict de cette forme traditionnelle - ce n'est pas sa vocation -, mais on a été d'emblée exposés à quelques surprises.

 

 Le dispositif initial du pansori, contribuant beaucoup à son charme, repose sur une réduction des effectifs : une chanteuse (ou un chanteur) est accompagné d'un percussionniste jouant du puk, généralement assis. Il accompagne ses frappes de cris et d'expressions brèves destinés à souligner sa satisfaction devant le chant émis. C'est une convention essentielle à ce genre. En entrant dans la salle des Abbesses, la surprise est d'abord visuelle : si on repère bien le puk, tambour à deux peaux à l'avant-scène, on constate aussi qu'il est juché sur des trépieds. Pas de position assise en vue pour le joueur - qui sera en fait une joueuse. Bien plus, ce sont bon nombre de percussions et d'autres instruments qui sont présents. Certains appartiennent à d'autres styles musicaux traditionnels, surtout le Samulnori, un genre majeur jubilatoire, équivalent coréen des tambours japonais.

 

 Dans cette profusion d'instruments rompant d'entrée de jeu l'intimité du pansori, ce sont surtout les guitares en fond de scène qui surprennent. De quoi effrayer les tenants d'un purisme musical. Pourtant, dès l'entrée des musiciens et de la chanteuse, on est très vite rassuré, en étant accompagné dans cette découverte. La veine didactique, qui conduit Lee Jaram à présenter le spectacle, prépare le spectateur à une écoute confortable, avec une certaine dose d'humour. Nous sommes invités également à participer en manifestant notre contentement durant sa prestation. Trois formules sont indiquées par des sur-titres, grâce auxquels on va pouvoir suivre cette histoire adaptée de "La bonne âme de Set-chouan", de Bertolt Brecht.

 

 Au fond, on s'habitue très vite à cette modernisation du pansori. Car, que Lee Jaram soit accompagnée par une cithare, un tambour issu du Samulnori, voire une sorte de jembé, l'unité du genre n'est en rien remise en cause. Les conventions (ponctuations percussives, cris d'appréciation) sont respectées. Il est même jubilatoire de voir deux des percussionnistes passer d'un instrument à l'autre avec beaucoup d'aisance. Quant au guitariste, il a beau créé un décalage en étant habité par des mouvements de rocker - on ne se refait pas -, sa prestation trouve aussi sa pertinence : elle intervient principalement lors de moments à caractère fantastique, lorsque notamment interviennent des voix surnaturelles de dieux.

 

 Mais dans ce concert, c'est surtout Lee Jaram qui impressionne. Chanteuse, mais aussi auteure de la musique, sa capacité à jouer se révèle réellement réjouissante. Bien que la dimension théâtrale soit avérée dans le pansori - le chanteur où la chanteuse jouant tous les personnages - elle prend ici un tour complètement différent. Notamment parce qu'on assiste à une transformation effective de Lee Jaram, lorsqu'elle change d'identité pour devenir un homme, le cousin de l'héroïne. Très beau moment de transfiguration d'un personnage, éclatant par la blancheur de ses vêtements, assorti du jeu d'un des percussionnistes se muant en serviteur et venant dévotement lui enfiler sa veste.

 

 Bien que la communication avec le public recherchée par lee Jaram n'ait pas eu lieu - on ne remet pas si facilement en cause ses habitudes de spectateurs occidentaux -, le spectacle laisse une sensation réjouissante, forte, souligné par des applaudissements non démentis. 

  

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