Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 16:00

 

 

 

 

 

 

Levée des conflits

 

Spectacle de Boris Charmatz

 

 Ce fut une curieuse proposition chorégraphique à laquelle on a pu assister sur la scène du Théâtre de la Ville. Curiosité reliée au projet initial de Boris Charmatz, qui consistait à bouleverser le mode de représentation inhérent à cette salle. Conçu au départ comme une installation, le spectateur y était invité à arriver dans la salle quand bon lui semblait. Mais ce projet, placé face à certaines contraintes, a finalement été transformé. Charmatz en est revenu à une séparation traditionnelle entre les spectateurs et la scène. Il faut sans doute cela pour se concentrer sur ce spectacle exigeant, dont l'approche formaliste est représentative d'un certain nombre de jeunes créateurs français.

 

 Mais le caractère conceptuel n'empêche pas l'inventivité. Avec "Levée des conflits", Boris Charmatz s'appuie sur la musique pour tisser son oeuvre. Vingt quatre danseurs, comme d'anonymes spectateurs, quittent la salle un à un pour se rendre sur la scène et effectuer vingt cinq mouvements (toujours les mêmes). Tout cela est fort bien réglé, au point que les détracteurs pourraient en critiquer l'aspect verrouillé.

 

 C'est oublier que dans cette répétition obsessionnelle laissant peu de place à la surprise, la danse prend comme référence les formes fuguées, si magistralement illustrées par Bach. Si en musique, la progression liée à l'entrée successive des différents canons assoit un confort d'écoute pour l'auditeur, il en est tout autre avec les corps des danseurs. Leur présence, en intégrant la répétition dans le moule de corps singuliers, lui donne un caractère d'imprévisibilité. Regarder comment tel individu, par sa stature, son sexe, son habillement, aborde tel mouvement (les nombreux sauts, les chutes, les courses) induit nécessairement des changements perceptifs.

 

 De même, l'organisation de ces mouvements, leur successivité implacable, n'est plus du tout identique en fonction du nombre de danseurs présents, de leur répartition dans l'espace. Il y a jusqu'à la lumière qui intervient pour modifier la vision du spectacle. On n'appréhende pas la répétition de la même manière suivant le fait qu'on écoute une musique ou qu'on voit évoluer des corps. Ici, elle amène à un épuisement relatif à l'engagement physique confinant au rituel. Il y a là-dedans quelque chose qui s'apparente à certaines formes de défoulement populaire, comme la techno. L'aspect formel du spectacle  n'empêche donc pas son caractère  profondément vivant.

 

Partager cet article

Repost 0
Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
commenter cet article

commentaires

Blog De Karminhaka

  • : Attractions Visuelles
  • : Cinéma, théâtre, voyages, danse contemporaine, musique du monde
  • Contact

Recherche