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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 15:00

 

 

 

Machigai no Kyogen

 

D'après "La comédie des erreurs" de Shakespeare

 

Mise en scène de Mansai Nomura

 

Avec Ukon Miyake, Mansai Nomura, Yukio Ishida

 

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 Ce fut, dans le cadre du Festival de l’Imaginaire, un moment exceptionnel auquel il nous a été donné d’assister au Théâtre de l’Aquarium. Jusqu’ici, à Paris, le genre représenté, le kyogen, ne nous avait été livré que dans le cadre particulier d’une représentation de nô, forme particulièrement austère du théâtre japonais datant du début du 14ème siècle. Le kyogen, intermède comique, s’intercalait ordinairement entre cinq pièces de nô. Il avait – et il a encore – pour but de se détendre du minimalisme contemplatif du nô. En 1997, sur le parvis du centre Pompidou, en plein air, certains avaient pu découvrir cette forme particulière, austère certes, mais chatoyante au niveau des formes et des couleurs.

 

 Moment exceptionnel, donc, au Théâtre de l’Aquarium, qui a débuté par une mise en bouche, en quelque sorte, avec la présentation de deux sketches successifs aussi désopilants l’un que l’autre : d’un côté, dans "Boshibari" un maître tente de piéger ses deux valets en les ligotant, afin d’éviter qu’ils ne boivent son saké pendant ses absences ; de l’autre, avec "Kusabira", un homme fait appel à un prêtre pour qu’il l’aide à se débarrasser de champignons géants qui envahissent sa maison. Mais l’efficacité du prêtre engendre une multiplication des parasites. Quand on sait que les dits champignons sont joués par des acteurs, rompus à un exercice physique difficile (avancer les jambes pliées), on peut aisément imaginer le caractère loufoque de la situation. Quand à "Boshibari", c’est la panoplie d’efforts déployés par les deux soulards attachés pour continuer à boire qui réjouit. Les deux comédiens rendent avec une belle conviction l’ivresse de leur personnage. C’est l’occasion d’une exaltation des corps, loin de la noblesse hiératique du nô.

 

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 Mais c’est avec l’adaptation de "La comédie des erreurs", de Shakespeare, qu’on arrive à capter l’originalité de cette soirée consacrée au kyogen. Après les deux premières pièces et un long entracte d’une heure, on a alors droit à ce morceau de bravoure mettant en valeur la qualité des comédiens. En revenant dans la salle, une étrange mise en scène nous attend : des comédiens vêtus de noir et masqués sont disséminés dans la salle, dans les allées, assis à la place de spectateurs, ou près de la scène. Ils s’amusent à effrayer les enfants et les jeunes, très présents, et répètent inlassablement une formule litanique, "Ya-ya koshi-ya" (Que c’est compliqué !). Formule incompréhensible pour nous dès l'abord, avant que ces hommes en noir, sortes de clowns tristes, se retrouvent tous sur scène, maugréant entre eux, certains faisant mine de se battre. Ils font en quelque sorte office d’ouvreurs de la fiction à venir, car l’intrigue adaptée de Shakespeare est effectivement très compliquée.

 

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 Fondée sur des confusions d'identité liées à la présence de jumeaux, elle donne lieu à des quiproquos incessants, mettant les nerfs des personnages régulièrement en pelote. Le ton est donné d'emblée avec un maître qui confie à un valet une somme à rapporter et s'étonne de le voir revenir aussi sec. C'est simplement son jumeau. Ces interversions permanentes confèrent un intérêt particulier aux entrées et sorties des personnages, puisque chaque apparition permet la densification de l'ambigüité. Qui plus est, ce jeu d'identité s'opère dans une dialectique entre le visible et le caché, car la pièce, comme dans la commedia dell'arte auquel le kyogen est comparé, repose sur un jeu des masques.

 

 A cet égard, le sommet jubilatoire de "Machigai no kyogen" est sans doute le moment où deux comédiens jouent tour à tour deux rôles simplement en se déplaçant d'avant en arrière, utilisant un rideau, enlevant et remettant leur masque dans le même mouvement pour incarner avec aisance les deux rôles, ajoutant au trouble de ceux à qui ils s'adressent. Le spectateur, lui, complice des ficelles  de mise en scène révélées sous ses yeux, se réjouit de la plasticité avec laquelle les comédiens s'adonnent à cette farce débridée. Mention spéciale à Mansai Nomura qui non seulement se détache de ce jeu exaltant, mais assure aussi la mise en scène.

 

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Photos : G. Jumarie

 

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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