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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 17:15

 

 

 

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Mei Li De Dao

 

  Le concert du groupe taïwanais Mei Li De Dao s’inscrit dans un style fusionnel assez régulièrement représenté au musée Guimet. On a eu l’occasion, il y a quelques mois d’assister à une prestation assez réjouissante dans le même espace du groupe "Camkytywa", composé d’une chanteuse vietnamienne accompagnée par des musiciennes venant du Japon, de Chine et de Corée du Sud. A l’exception de la présence d’un homme (Damien Bernard, un occidental), Mei Li De Dao est également un ensemble féminin. Cette particularité n'est pas pour autant le gage d'une unité musicale perdurable, puisque le groupe peut voir ses rangs grossir à mesure que leur expérimentation musicale s’élargit.

 

 Il y aura surtout, avec ce concert, le plaisir de voir des instruments chinois rarement présents sur les scènes parisiennes. Sur ce plan, la Chine n’a pas encore à Paris les honneurs de l’Inde, du Japon, voire de la Corée du Sud, dont on a pu voir, ne serait-ce qu’en 2010, de beaux concerts à la Maison des Cultures du Monde. Si cette musique n’a pas la même profondeur que les précédentes, la variété organologique témoigne d’une vraie richesse. La vision de certains instruments établit ainsi un pont avec bien d’autres beaucoup plus connus. Il en est ainsi de la cithare sur table yangqin, cousine d’autres formes  (santour indien, rendu célèbre par Shivkumar Sharma ; le cymbalum, typique des tsiganes, voire le qanoun, même si ce dernier se joue avec les doigts et non avec des baguettes).

 

  L’orgue à bouche sheng, au son si caractéristique, a lui aussi des équivalents comme l’instrument japonais sho (qu’on a pu voir récemment interprété au festival d’automne par Misato Mochizuki), mais semble aussi confiné à des interprétations confidentielles. Le mérite de ce groupe tient précisément à leur manière progressive de créer un tissu de relations sonores entre ces instruments peu présents dans les salles et d’autres plus renommés grâce à leurs interprètes. C’est ainsi que le luth pipa est d’évidence beaucoup plus connu, ne serait-ce que parce qu’il a des interprètes emblématiques, comme Wu Man l’internationale, vue il y a quelques mois aux Abbesses. Cet instrument magnifique tenu à la verticale, plaqué contre le corps de l’interprète, est essentiellement féminin. Le doigté délicat qu’il nécessite, permettant d’égrener des notes en cascades, évoque une gestuelle artisanale. On croirait voir une tisseuse qui délie quelques fils sonores pour les ramener à leur justesse musicale.

 

 La volonté d’exploration de Mei Li De Dao est telle que dans leur concert viennent s’insérer des séquences musicales étonnantes : d’abord l’adaptation sur instruments traditionnels d'une oeuvre de Steve Reich, pape de la musique minimaliste. Conversion qui semble gommer le caractère répétitif de cette musique, en raison de l'aspect inédit des timbres entendus. Plus contemporaine encore, une musique de Jean-Pierre Drouet est exécutée par deux jeunes femmes au zarb, une percussion emblématique de la musique persane (aussi appelée tombak). A côté de l'habileté technique manifeste, elles doivent déployer, parfois en même temps, une capacité à jouer et à danser. Surprenant moment qui, à force, fait courir aux musiciens, le risque d'une dispersion. C'est ainsi que Damien Bernard, multi-instrumentiste, s'avère moins convaincant dans son utilisation du ney, flûte persane auquel il ne restitue pas sa richesse de timbre délicat. Mais on ne peut que louer l'animation générale de ce concert qui fait évoluer les sons plutôt que de les figer.

 

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