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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 11:42

 

 

 

 

 

 

 

 

Mieko Miyazaki (koto) et Guo Gan (er-hu)

 

 

 

 Si nous étions en Inde, cela s'appelerait "Jugalbandi" : un dialogue entre deux musiciens jouant respectivement de leur instrument, marquant une appartenance géographique distincte ; bien souvent le Nord et le Sud. Ici, sur la scène du musée Guimet, le vendredi 11 mai, il s'agit bien de deux solistes virtuoses : Mieko Miyazaki, la japonaise, Guo Gan, le chinois. Une femme, un homme ; une sphère asiatique identifiable, propice à un dialogue musical. A priori, une rencontre aussi excitante que celle d'un iranien au kamanché (Kayhan Kalhor) avec un sitariste indien (Shujaat Khan.

 

 Sauf qu'ici, ce dialogue se signale, dès le premier morceau, par un déplacement, une labilité, une dérive fructueuse. Le koto, cithare emblématique de la musique traditionnelle japonaise, qu'on sait dérivé d’un instrument chinois, au lieu de nous plonger de plein pied dans le répertoire classique, résonne étrangement. Les sons sont plus aigus, les cordes vraisemblablement plus tendues. On entend en fait moins un koto qu'une cithare chinoise, façon guzheng, destiné à suivre le morceau conduit par Guo Gan.

 

 Il se trouve que Mieko Miyazaki est également interprète de guzheng, le disque reprenant nombre de morceaux joués lors de ce concert l’attestant. L'appartenance initiale, marquée par l’identité instrumentale, est aussitôt déjouée, contournée. Derrière son habit typiquement chinois, Guo Gan, né en Mandchourie, dépasse en soi les lignes musicales par trop repérables. On entendra dans son répertoire le galop du cheval, si typique de la Mongolie, dont la Mandchourie est frontalière. A ce titre, on veut croire que la vielle er-hu soit originaire de cette région, par sa façon si caractéristique d'être tenue : l'archet coincé entre les cordes afin d'éviter que les musiciens assis sur leur cheval ne le fassent tomber.

 

 Cette élasticité des morceaux créant une intrication des répertoires asiatiques, va jusqu'à s'étendre vers des espaces musicaux occidentaux, en introduisant le célèbre morceau de Debussy "Arabesque". Ce n'est pas simple question d'adaptabilité virtuose, plutôt le retour à une forme d'évidence des frottements, circulations et influences : Debussy aura été l'un des musiciens occidentaux les plus ouverts vers l'Asie, louant à son époque la musique balinaise. De même, le clin d’œil à la chanson française, avec l’adaptation des "Feuilles mortes", d’Yves Montand, achève de diluer les territoires par trop balisables.

 

 Avec la complicité évidente régnant entre ces deux musiciens – le port altier de Guo Gan, menton haut, ne suffisant pas à installer une distance réservée -, la musique semble plus facile, les explorations toujours plus virtuoses. On sait gré au musée Guimet de nous offrir ces concerts, franchissements de frontières appelant la libération de la matière musicale.

 

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