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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 09:19


 
Nearly 90
 
Spectacle de Merce Cunningham

 

 
 Le titre de la dernière chorégraphie de Merce Cunningham résonne étrangement, en raison des temporalités multiples qu'il brasse. "Nearly 90" (littéralement : "près de 90") se réfère au spectacle que Cunningham, en forme d'hommage adressé à lui-même, devait présenter pour ses 90 ans. Effet d'annonce assez espiègle suivi par la présentation le 16 avril 2009, jour de ses 90 ans, de son dernier opus à New York. Manière de coller au temps présent dissous quelques mois plus tard par sa disparition le 26 juillet. La vision de ce spectacle au Théâtre de la Ville, un soir de générale (avant donc sa programmation officielle) ajoute encore à ce décalage temporel, tout comme l'hommage rendu cette année par différents chorégraphes (Jérôme Bel, Boris Charmatz).
 
 Apprécier le style de Merce Cunningham relève de toute façon d'une gageure particulière en ce que, détracteurs ou admirateurs, nous nous trouvons plongés dans un univers artistique singulier. Sa modernité radicale, de laquelle se réclament bon nombre de chorégraphes, se conjugue avec une forme d'archaïsme de la danse. Devant une pièce de Cunningham, il faut s'attendre à un télescopage de dimensions multiples : on croit voir évoluer des faunes, en se replongeant à l'époque de Martha Graham, dont Cunningham a été l'un des danseurs. Le port univoque et persistant, chez ses danseurs, d'un justaucorps renvoyant à cette période inaugurale, ajoute au brouillage de la représentation, en plus de conserver un effet minimaliste. 
 
 Indépendamment de l'évidence acquise de la modernité de la danse de Cunningham, à travers notamment son utilisation du hasard, ce qui contribue à le rendre toujours aussi créatif et perturbant, même pour des spectateurs familiers, tient à cette impression forte d'assister à des spectacles en cours, donnant l'impression de se produire sous nos yeux. Une danse analytique en quelque sorte, fondée sur la décomposition des gestes, tellement éloignée de thèmes si présents chez d'autres chorégraphes majeurs (la question du couple, des tensions de groupe, par exemple). Une danse terre à terre, loin des effets de séduction, des notions de progression, de spectaculaire. Danse se réappropriant les gestes classiques pour les fondre dans un grand bain expérimental.
 
 On se souvient du formidable "Biped", spectacle présenté au Théâtre de la Ville en 1999, basé sur l'utilisation d'un logiciel, "Lifeform", reproduisant sur scène des mouvements aléatoires des danseurs. Technique qu'il poursuivra pour créer ses chorégraphies. Manière de signifier que cet homme cantonné dans un  fauteuil roulant avait définitivement trouvé le moyen, pour créer, de dépasser la limite du corps.
 

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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