Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 22:47

 

 

 

  Une scène de la pièce "Mort à Venise" mise en scène par Thomas Ostermeier à Rennes.

 

 

Mort à Venise/Kindertotenlieder

 

Mise en scène de Thomas Ostermeier

 

Avec Joseph Bierbiechler, Leon Klose/Maximilian Ostermann, Martina Borroni, Marcela Giesche, Rosabel Huguet

 

 

 

 Il ne fait pas de doute que la vision de "Mort à Venise/Kindertotenlieder", mise en scène par Thomas Ostermeier, suscitera des réminiscences viscontiennes, à la seule vue par exemple de Tadzio, courant sur scène, jouant à cache-cache avec ses soeurs. Difficile en effet d'échapper au film mythique du cinéaste italien. Pourtant, très vite - et sans doute avant que le spectacle ne commence -, Ostermeier affiche sa volonté de ne pas rendre un hommage cinéphilique frontal au film de Visconti. Trop écrasant, sans doute. Aussi choisit-il, avec cette adaptation, de contourner, voire de déjouer le lyrisme du film.

 

 Ce lyrisme passait beaucoup par la musique de Malher, le fameux adagio de la cinquième symphonie. Si la musique du compositeur autrichien est toujours présente, le choix des "Kindertotenlieder" traduit, chez Ostermeier, sa volonté de se situer dans un espace plus intimiste, moins ample, essentiellement axé sur une sorte de déconstruction douce, où les éléments présentés sont jetés sur scène comme dans un chantier hybride (paroles, musique, danse, chant). Une approche en mode mineur, tournée vers une musique de chambre, loin du fétichisme contemplatif de Visconti.

 

 La "Mort à Venise..." d'Ostermeier se donne comme ces films fonctionnant sur une mise en abîme du spectacle (La nuit américaine, de Truffaut), où l'on n'hésite pas à montrer comment les éléments narratifs se mettent en place peu à peu, de manière brouillonne et tâtonnante, comme si on nous montrait les coulisses d'un spectacle. Cela confère beaucoup à la pièce une impression d'attente - sans que cela bascule pour autant dans la contemplation. Rien que la saisie de l'instant, de petits moments délicats, apaisés, par exemple lorsque, au cours d'une lecture, tout les comédiens sont assis (Tadzio se récurant les doigts de pieds), simplement à l'écoute. On sent alors passer un vent tchékovien sur la scène, où la présence des uns et des autres ne vise qu'à rendre compte de la jouissance de l'instant.

 

 Axé sur la lecture du texte de Thomas Mann, "Mort à Venise/Kindertotenlieder" contourne toute valorisation dramatique : ce n'est qu'un texte, et il arrive à peine à insuffler à la scène une épaisseur dramatique. La lecture n'est à envisager que comme une tapisserie, un écran de citations destinées à situer une ambiance. Bien plus, ce sont les lieder, chantés par le comédien Joseph Bierbichler qui parviennent à imprimer une certaine délicatesse à la pièce. Ce n'est pourtant pas la voix de Joseph Bierbichler qui interpelle (qui pourra faire oublier la version chantée par Kathleen Ferrier ?) que sa faculté à créer une belle présence muette.

 

 La subtile utilisation de la vidéo contribue à composer de beaux passages dans ce spectacle. Rappelant parfois les mises en scène de Frank Casdorf par la présence d'un caméraman sur scène, l'option choisie ici s'attarde parfois sur les visages. Il y a ainsi un très beau moment où le seul visage de Joseph Bierbichler est filmé longuement. Le spectateur peut alors y capter les plus infimes variations, sans qu'une seule parole ne soit prononcée. Ajouté à la présence du musicien Timo Kreuser, qui passe d'une égale aisance de l'accompagnement des lieder à l'exploration de son instrument façon "piano préparé", on tient avec "Mort à Venise/Kindertotenlieder" un spectacle qui, notamment dans son final, ouvre les portes du rêve et de la mélancolie.


Partager cet article

Repost 0
Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
commenter cet article

commentaires

Blog De Karminhaka

  • : Attractions Visuelles
  • : Cinéma, théâtre, voyages, danse contemporaine, musique du monde
  • Contact

Recherche