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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 16:00

 

 

 

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  Musique classique coréenne

 

 

 En lisant dans le programme initial de la Maison des Cultures du Monde « version intégrale », on pouvait s’attendre à assister à un long concert ce jeudi 25 novembre. En effet, la MCM, habituée à présenter des spectacles authentiques, a déjà ici même donné l’occasion d’entendre du pansori (opéra coréen) dans leur quasi intégralité (quelque cinq heures de chant). Mais ce ne fut pas le cas, au contraire. La version intégrale en question ne concernait pas tant la durée que la totalité. Et le concert s'étala sur cinquante minutes, ce qui, comparé aux canons des salles occidentales, est très court.

 

 Malgré cette surprise, assister in extenso à l’écoute d’une telle pièce était un vrai évènement. Dans d’autres contextes, elle n’aurait été restituée que sous forme d’extraits. Le style présenté ce soir-là, le Sanjo, mettait en avant un instrument emblématique de la musique classique coréenne, la cithare gayageum, jouée par une interprète femme, Park Hyun-sook. Elle est accompagnée par Lee Tae-baek, joueur de tambour janggu, tambour proche à la fois de celui utilisé dans le pansori et le réjouissant ensemble de percussions Samulnori.

 

 Dans cette écoute d’une pièce intégrale, on a beau se trouver face à un style coréen spécifique, son développement évoque irrésistiblement d’autres formes musicales asiatiques, en particulier le raga indien. En effet, la musicienne, son gayageum délicatement posé sur ses cuisses, se livre au départ à une improvisation où il s’agit moins de jouer une mélodie que de faire montre d’une exploration des timbres, en particulier avec sa main gauche qui, en appuyant sur les cordes, en fait sortir des sonorités longues, profondes, serpentines. La main droite, au départ, égrène des notes réduites à leur plus simple expression. Elle lance un rythme que la main gauche prolonge et enrichit.

 

 Dans le dernier tiers du morceau, elle se lance dans des accélérations virtuoses marquant une libération de l’inspiration. Cette évolution est le principe même de la musique indienne, du moins celle du Nord (hindoustanie), notamment dans le style musical le plus austère, le dhrupad, joué par exemple sur un instrument étonnant par sa dimension imposante, la rudra veena. La seule différence réside dans la présence du joueur de tambour. Présence si évocatrice des films du cinéaste Im Kwontaek, qui a popularisé le style pansori (« La chanteuse de pansori » et « Le chant de la fidèle Chunyang »). Ne serait-ce que ce chapeau caractéristique, empreint de noblesse et d’authenticité, suffit à nous transporter vers des sphères lointaines.

 

 Comme dans l’accompagnement du pansori, le percussionniste ponctue ses interventions au départ discrètes, modérées, par des onomatopées, signes à la fois de satisfaction d’auditeur et d’encouragement à la soliste. D’ailleurs, comme dans la musique classique indienne, le morceau joué par la cithariste repose essentiellement sur une transposition pour cithare d’un morceau au départ vocal. Pour qui a entendu du pansori, les inflexions instrumentales renvoient constamment à une familiarité liée  à la voix. 

 

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 Le lendemain, on prend les mêmes... et on en rajoute deux autres, pour un concert plus fragmenté, mais à peine plus long : 1h10 consacré cette fois-ci à la musique de cour nommée Jéongak (musique juste). A l'origine destinée aux rituels royaux, elle se révèle comme une musique d'apaisement, hiératique, sobre dans ses enchaînements, sans aspérités. En cela, elle se rapproche d'un autre style musical du voisin japonais, le gagaku, joué en continu depuis le 8ème siècle. Elle est illustrée ce soir-là par Chung Jae-kook au piri, un hautbois en bambou, dont les sonorités évoquent aussi bien  certaines flûtes chinoises que le sho, orgue à bouche que l'on trouve précisément dans le gagaku.

 

 Il y a un vrai plaisir à entendre cet instrument qui a traversé les siècles, en même temps que cet interprète, vétéran considéré comme son meilleur ambassadeur. Après un solo, il entame un duo avec Yi Ji-young, joueuse de yanggeum, appelé chez nous cithare-xylophone, en ce qu'elle frappe les cordes avec des baguettes. Très belle découverte que cet instrument rarement vu à Paris, qui renvoie autant à l'instrumentarium chinois (yangqin) qu'à une cithare indienne et persane (santur). Le plaisir est décuplé par la grâce de son interprète, son élégance vestimentaire. Son jeu est pourtant d'un minimalisme étonnant, faite de frappes uniques et régulières sur les cordes. Cette mélodie extrêmement ténue ressemble plus à une scansion rythmique qu'à un développement proprement dit. Une manière de marquer le tempo qui n'en est pas moins exigeant, car elle suppose une concentration importante. Les gestes ainsi que le visage de Yi Ji-young en témoignent.

 

 Dans un autre morceau plus court, on retrouve les interprètes de la veille, au gayageum et au janggu. On note cette fois-ci l'absence de ces ponctuations caractéristiques émises par le percussionniste. Est-ce dû au fait que le déploiement musical est moindre, où est-ce le genre qui suppose un retrait ? En tout cas, lors d'une reprise, c'est dans la salle, chez les auditeurs coréens, que ces réactions vont se manifester avec beaucoup de ferveur. Une musique ancienne qui en appelle à une satisfaction vivante...

 

IMG 0780  Photos : G. Jumarie 

 

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commentaires

Pierre Bois 27/03/2012 11:33

Bravo pour votre commentaire très pertinent sur ces deux concerts. Juste une précision, dans le second concert consacré au Jeongak et plus particulièrement la longue pièce "Yeongsanhoesang" le
yanggeum ne ponctue pas la mélodie du piri. En fait, la cithare joue la mélodie et le piri brode autour.

Karminhaka 09/04/2012 23:07



Merci de cette précision qui a échappé à un simple amateur comme moi. J'ai rectifié autant que possible. Et vive le festival de l'Imaginaire !



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