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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 22:13

 

 

 

 

 

 

 

 Musique sinawi

 

  

KIM Hae-sook cithare gayageum, KIM Young-gil cithare à archet ajaeng, YOON Ho-se percussions, KIM Chung-hwan flûte traversière daegeum et YU Mi-ri au chant

 

   

 Le concert de musique Sinawi, annoncé comme étant inédit en France, avait de quoi interpeller, à la Maison des Cultures du Monde. La surprise y côtoyait la familiarité. Familiarité avec des instruments aisément identifiables, pour qui fréquente régulièrement cette musique au sein du même espace : cithare gayageum, cithare à archet ajaeng, tambour janggu, flûte traversière daegum.

 

 C’est la nature profondément vivante de la musique coréenne que de prendre des instruments présents dans différents styles (sanjo avec le gayageum, par exemple) pour les porter à des degrés d’expressivité insoupçonnés. C’est l’impression forte ressentie le vendredi 23 mars dans la salle du boulevard Raspail. Devant la magnificence vestimentaire des musiciens se présentant en tenue traditionnelle, si empreint d’une noblesse sereine, il y avait, une fois de plus, la certitude de voyager vers des contrées lointaines.

 

 Mais le sinawi, style assez récent, issu du chamanisme, témoigne de la mobilité de la musique coréenne. Tout a l’apparence de la tradition, mais on se surprend à trouver cela moderne, sans réellement pouvoir dire pourquoi. Est-ce dû à l’improvisation, la matière principale qui la nourrit, ou le simple fait de voir des musiciens s’engager avec une telle profondeur et énergie dans l’exécution de leur morceau ?

 

 Il suffit de prendre un instrument emblématique, dont la place se réduit à accompagner : le tambour. Que ce soit pour soutenir le chant – comme le pansori – ou un solo instrumental, le seul fait de voir évoluer l’instrumentiste installe un rapport au temps très particulier. Car sans entrer dans des détails liés à une technique musicale, la manière dont le percussionniste joue de son instrument crée littéralement un suspens. Il y a une imprévisibilité totale dans les frappes qu’il va effectuer, comme si elles étaient constamment déterminées par l’écoute des solistes ; comme si de secrètes indications se transmettaient, que le joueur de janggu passait par le filtre de son corps avant de les traduire en frappes. La manière dont il percute le tambour avec son bâton semble refléter cette qualité d’attention, de suspension. Plus que partout ailleurs, sans doute, le rapport de la percussion passe par une indissoluble suspension.

 

 L'énergie déployée par les musiciens est réellement impressionnante, prenant une allure de performance par la mise en avant des parties solistes. L'expression individuelle prend des allures de session jazz. La voix magnifique de Yu Mi-ri, dans sa profondeur, rompt pendant quelques instants la haute technicité instrumentale en insufflant quelque élan épique, une humanité vibrante. Il ne manque plus, pour un public occidental à l'écoute recueillie,  qu'à manifester son contentement à chaque fin de prestation. Mais là, comme toujours, le percussionniste se charge de ces ponctuations savoureuses pour notre plus grand plaisir.

 

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