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28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 12:01

 

 

 

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                                           Photo : Didier Grappe

 

  Nocturnes

 

Spectacle de Maguy Marin

 

 

 Voir "Nocturnes" quelques jours seulement après "Faces" incite à un effort accru pour en cerner les différences, tant ce sont les similitudes qui, à priori, frappent : découpage au cordeau, introduction de noirs entre les séquences, scènes courtes, fugitives. Il en est de même des tourne-disques disposés sur les deux côtés de la scène, là où "Faces" exhibait des écrans de télévision sur lesquels apparaissaient, in fine, les visages des danseurs.

 

 Mais "Faces", par son attention plastique sublime - beauté esthétique n'empêchant une rythmique lancinante - avait quelque chose qu'on ne retrouve pas dans "Nocturnes". C'est un quasi paradoxe que ce spectacle-là, créé au Théâtre de la Bastille à l'occasion de la rétrospective Maguy Marin, moins abstrait dans sa forme, plus incarné sur le plan du jeu, se révèle sans doute plus difficile, moins séduisant de prime abord.

 

 Car dans "Nocturnes", l'ancrage à la réalité par le biais de l'actualité est plus patent, même s'il s'offre sous la forme fragmentaire qui semble désormais la marque de fabrique de Maguy Marin. Si la pièce est irriguée par de la parole, c'est une parole qui résiste à la compréhension du spectateur, à moins qu'il ait la chance d'être polyglotte. Ce n'est pas moins de cinq langues qui y sont entendues : espagnol, grec, arabe, français, anglais. Cette Babel langagière, si elle s'offre comme telle, sans traduction, n'en assoit pas moins le spectacle dans une réalité immédiate que n'importe quel spectateur est capable de décrypter : crise de la dette dont la Grèce est la victime quasi expiatoire, évocation du printemps arabe.

 

 Mais la force de Maguy Marin - qui fait d'elle l'une des rares à pouvoir s'attaquer sur scène à des thèmes d'actualité - repose sur la ténuité de son dispositif. Plutôt que de faire jaillir du sens par un discours critique - avec le risque encouru d'une lourdeur démonstrative -, son geste de créatrice procède à l'inverse : distiller des fragments de vie (manger, jouer, choisir des vêtements) aussi discrets que rapportés à une immédiateté fugitive. L'inscription d'une phrase destinée à marquer l'identité ("Je suis grec", "Je suis tunisien") suffit pour que l'imaginaire du spectateur déploie l'horizon de sens renvoyant à une contemporanéité.

 

 Quant à la multiplicité des langues entendues, le fait qu'elles soient livrées sans le filtre salvateur de la traduction, leur confère une valeur musicale. Leur essence est dans le rythme, le timbre, la variation. Une approche qui n'est pas sans évoquer celle d'un Jean-Luc Godard, qui conçoit le langage comme une matière éminemment triturable. Mais là où chez le cinéaste l'empilement des sons, des voix, relèvent du collage, la position de Maguy Marin est plus sereine, rendue avec fluidité.

 

 Derrière la rigidité apparente du dispositif (l'inlassable musique qui accompagne chaque fondu au noir, comme leur implacable succession), ce sont les multiples vibrations du monde que Maguy Marin donne à voir ; laissant ainsi dans nos yeux et nos oreilles une pulsation incessante.

 

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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