Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 19:01

 

 

 

 

 

Nuda Vita

 

Spectacle de Carlotta et Caterina Sagna

 

 Découverte à « Paris quartier d’été » en Juillet 2009, Carlotta Sagna présente au Théâtre de la Bastille le spectacle « Nuda Vita », conçu avec sa sœur Caterina. Après « Ad vitam » la saison dernière au même théâtre, c’est cette fois-ci une pièce de groupe que nous avons sous les yeux. Avec trois spectacles seulement, il est permis de constater l’équilibre entre la danse et le langage dans ses spectacles, à tel point qu’on puisse dire qu’il y a du théâtre là-dedans.

 

 Pourtant, si l’évocation de l’articulation entre le théâtre et la danse renvoie irrésistiblement à Pina Bausch, la papesse du théâtre-danse, il est difficile de qualifier l’œuvre présentée du même genre. Il conviendrait de la nommer autrement, pour en restituer la singulière sève. Danse théâtrale ? Théâtre dansé ? Ces tentatives de désignation paraissent vaines, tant ce qui transparaît est une volonté de ne pas donner d’assise définitive à cette approche particulière. Ce qui nous est montré se dégage de toute volonté de formalisme, d’inscription dans un canevas précis, et s’applique plutôt à vouloir détruire toute fixation à un genre. Il y a là une tentative de démolition soft, avec comme outil principal un humour décapant, navigant sur la crête du burlesque.

 

 Surprésence du langage, certes, mais qui cherche non pas à nous assener un discours, ni même à imposer un récit linéaire, qui amènerait une identification du spectateur. Dans les dialogues, on arrive bien à repérer des affects, des histoires, des temporalités, des conflits, au point de comprendre que les quatre sujets présents sont des amis, amants, depuis longtemps, et que la nature de leurs relations a fini par évoluer. Un certain point du temps est évoqué par l’homme, comme un leitmotiv, sur un mode trivial (Il dit à peu près : « Vous vous rappelez ? C’est là que nous allions pisser ! »). Mais bon nombre de dialogues se font dans une tension entre union et désunion, tentatives d’accommodement et déchirements, attirances et rejets. Il y a jusqu’au fait, pour les femmes, de repousser l’homme parce qu’il « pue », qui prend une résonance contemporaine, dans une Europe de plus en plus en proie à la xénophobie.

 

 Face à cette instabilité du langage, aussi réjouissante dans sa verve burlesque que déstabilisante dans sa fonction conflictuelle, la danse proprement dite opère dans un espace fondé bien souvent sur une sorte d’impureté revendiquée. Difficile par exemple de trouver la souplesse habituelle des pas quand les dames dansent en talon. Il y a comme une équivalence visuelle aux débordements de la langue. On se heurte, on se frotte, on se piétine, on s’agrippe. Il y a jusqu’à ce duo précipité, anti-esthétique au possible, entre l’homme et la plus petite des danseuses qui voit la tête de celle-ci heurter le sol.

 

 On a du mal à croire à quelque chose d’accidentel, tant le chaos des corps justifie ce déséquilibre. Et quand d’aventure, sur une musique classique, le quatuor se lance dans des mouvements synchrones, on y voit plus une respiration ironique qu’une réelle volonté de créer une harmonie chorégraphique. Dans ces écarts, distorsions, dérapages, un passage, qui voit une danseuse aux mouvements incertains, somnambuliques, être soutenue par les autres, se révèle le moment propice menant ce spectacle vers l’apaisement.

 

Partager cet article

Repost 0
Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
commenter cet article

commentaires

Blog De Karminhaka

  • : Attractions Visuelles
  • : Cinéma, théâtre, voyages, danse contemporaine, musique du monde
  • Contact

Recherche