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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 16:00

 

 

 

 

 

  Opéra Java

 

Mise en scène de Garin Nugroho

 

  Il a déjà été donné de voir des adaptations de l’épopée du Ramayana à Paris. Qui plus est, elles étaient concentrées autour d’un épisode central concernant l’enlèvement de Sita par le démon Ravana. Au théâtre des Abbesses, l’épisode s’appelait d’ailleurs  "L’enlèvement de Sita". "Opéra Java", mis en scène par Garin Nugroho, avait fait l’objet d’un film éponyme présenté au festival de Venise, qu’on a d’ailleurs pu voir à Paris lors d’une projection. Il fallait vraiment être attiré par la culture javanaise pour suivre ce film sous-titré en anglais.

 

 Comme il est indiqué sur le programme, "Opéra Java" est une "variation javanaise" sur le Ramayana. Qui dit variation, dit prise en compte d’une substance artistique fixe qu’on amène progressivement vers d’autres dimensions. En cela, "Opéra Java" fait penser à l’adaptation par Lee Jaram d’une pièce de Bertold Brecht coulée dans le moule du pansori, sorte d’opéra coréen. Sauf qu’ici l’histoire fait vraiment partie de la mythologie hindoue. Cela n’empêche pas Garin Nugroho de la subvertir et d’en proposer une interprétation plus ouverte, tant sur le plan musical que sur le plan narratif.

 

 A la manière de Lee Jaram avec les instruments du pansori, le metteur en scène indonésien ne craint pas de bouleverser l’organisation du gamelan, orchestre spécifiquement indonésien, par l’intermédiaire du compositeur Rahayu Supanggah. Si les chants et les timbres restent fidèles à la tradition musicale, il ne craint pas d’introduire des éléments hétérogènes, comme cette femme qui, munie d’une sorte de banjo, se lance dans un chant enlevé évoquant plus la musique hawaïenne qu’indonésienne. Certaines danses ont un aspect beaucoup plus populaire et contribuent à installer une détente dans l’histoire sous forme d’intermèdes.

 

 Mais c’est surtout avec le cœur de l’histoire du Ramayana que Garin Nugroho procède à des changements. Il resserre notamment considérablement l’intrigue autour des trois figures de Rama, Sita (Sitia ici) et Ravana (ou Rahwana), au point d’en faire avant tout un drame plus intimiste sur la question de la fidélité. Manquent des figures contribuant à la dimension épique du Ramayana, comme l’armée des singes de Hanuman qui aide Rama à délivrer Sitia du démon Rahwana. "Opéra java" devient un drame du désir, mettant l’accent sur l'ambiguïté de celui de Sitia envers son ravisseur. Détournement de l’exemplarité des héros de la mythologie qui passe assez tôt dans la pièce par une explicitation de la dimension sexuelle. En matière de modernisation d'un texte épique, cela donne des métaphores un peu éculées : ainsi, il est dit à peu près que Sitia est une "terre vierge qui attend d'être labourée".

 

 La qualité du spectacle repose beaucoup sur sa dramaturgie. L'enlèvement de Sitia est sans doute le plus beau moment de la pièce. Un grand voile rouge, conçu comme un filet de capture, envahit l'espace, enserre Sitia et ses servantes, et produit des mouvements ondulatoires évoquant des vagues. Dans cette séquence où les déplacements sont fondés sur l'attirance et la résistance, c'est précisément la dualité du désir qui est restituée avec subtilité. La fin, surprenante, confirme l'option subversive de cette version, où le voeu d'accès total à la jouissance se confronte à la mort.

   

                                                      

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