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16 novembre 2013 6 16 /11 /novembre /2013 10:49

 

 

 

 © Junichi Matsuda

          Photo : Junichi Matsuda

 

 

Oublie tout, et souviens-toi

 

Chorégraphie, mise en scène et interprétation : Takuya Muramatsu

 

Direction artistique : Maro Akaji

 

Pièce pour 8 danseurs

 

 

En trouvant à la Maison de la Culture du Japon un lieu d'élection pour venir présenter ses chorégraphies, la troupe de Dairakudakan parvient à susciter d'années en années une attente fébrile. L'intérêt qu'on leur accorde se trouve renforcé quand, autour de sa figure charismatique, Maro Akaji, vient graviter celle de Takuya Muramatsu, chorégraphe et metteur en scène de "Oublie tout, et souviens-toi". On a alors l'assurance que cette troupe déjà vieille tient avec lui une capacité de renouvellement.

 

 A lire la passionnante interview de Muramatsu distribuée avec le programme, cette première pièce présentée au mois de novembre repose sur l'exploration de thèmes précis, profonds, qu'on ne relie pas forcément, de prime abord, avec la danse : la mémoire, le vrai et le faux, le suicide, etc. Pourtant, à partir du moment où les danseurs apparaissent sur scène, c'est autre chose qui se produit dans l'oeil du spectateur que de raccorder le spectacle à une approche savante : plus que jamais, c'est la puissance de la manifestation de la danse qui prévaut, et une danse comme le butō, si singulière, requiert plus que toute autre l'abandon de tout à priori pour en cerner la force.

 

 Quand on a la possibilité, comme lors de la première, de voir le spectacle au deuxième rang, la présence des corps frappe d'autant plus, entre cette poudre blanche qui s'envole à certains mouvements, et l'intériorité des attitudes. Ce sont surtout la fixité des visages, d'où se détachent des yeux cernés de noirs, qui impressionne. Force d'un surgissement fantomatique, appel d'un hors temps qui vient déposer devant nous des gestes particuliers, entre saccades et effets de groupe.

 

 Précisément, le début de "Oublie tout, et souviens-toi" témoigne d'une volonté d'équilibre, où les danseurs exécutent des figures avec une belle synchronie. Mais assez vite, avec le penchant au grotesque et à l'ironie mordante qui caractérise cette troupe, cette belle ordonnance se fissure pour nous livrer une ahurissante séquence avec des cordes.

 

 On le sait, le butō, à l'inverse de bon nombre de chorégraphies occidentales, reste essentiellement ancré au sol. Ici, dans cette scène où les danseurs hissent le corps attaché de Tokuya Muramatsu, de multiples impressions surgissent : le mélange d'effort (les danseurs en arrivent à être couchés par terre) est atténué par l'impassibilité de Muramatsu, renforçant par effet inverse un sentiment de légèreté. Cette posture prend par ailleurs des airs parodiques d'élévation de totem. Par la répétition des mouvements, et la longueur de la séquence, on y sent comme une tentative ubuesque d'érection avortée.

 

 L'approche inconoclaste fonctionne ainsi à plein dans cette séquence étonnante, alors que, plus loin, le spectacle fait encore intervenir des cordes, mais cette fois-ci pour enserrer les danseurs dans des filets. L'exigence corporelle déployée peu avant laisse la place à des passages plus ludiques, à l'image des présentations successives des danseurs. Introduction de la parole bien dans la veine de la danse occidentale, cette fois-ci, où une dimension supposée biographique fait advenir une certaine proximité.

 

 

 

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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