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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 17:28

 

 

 

 

 

 

 

Partita 2

 

Anne Teresa De Keermaeker, chorégraphie et danse ; Boris Charmatz, danse ; Amandine Beyer, violon

 

 

 Oeuvre fragile, "Partita 2" se révèle spectaculaire par sa prouesse initiale : Amandine Beyer, fameuse violoniste, exécute la Partita de Bach dans le noir total, avant de se retirer de la scène. Double défi consistant d'une part à jouer cette oeuvre réputée difficile techniquement, mais que tout violoniste émérite se doit d'aborder - le moment est d'autant plus précieux que seulement quelques mois avant, Amandine Beyer avait offert, dans la salle des Abbesses, l'intégrale des sonates et Partitas pour violon seul de Bach ; d'autre part, le noir total appelant, par un jeu modifiant quelque peu la sonorité - incertitude du déplacement de l'archet oblige - la reconsidération d'une oeuvre.

 

 Cette approche radicale, voulue par Anne Teresa De Keersmaeker, étonne dans un premier temps. Son rapport à la musique, qui a si souvent déterminé la fabrique d'une chorégraphie, se trouve ici comme remise à plat, passant par le filtre d'une purification totale : donner à écouter, se fondre dans l'oeuvre musicale, avant de tisser avec elle cette relation si étroite ; comme si l'approche relevait d'un work in progress sur scène avec ce qu'il faut d'attentes et d'accélérations.

 

 Le défi est donc toujours présent pour Anne Teresa De Keersmaeker, et sa capacité d'ouverture, sa volonté de confronter son champ chorégraphique à d'autres aspects passent de plus en plus par le travail avec d'autres. Sa danse proprement dite est toujours aussi identifiable (notamment ses mouvements spiralés), et si "Partita 2" semble si délicat dans son avancée, c'est dans la mesure où la chorégraphe reconfigure sans cesse sa danse dans un champ expérimental. "Partita 2" ressemble ainsi plus à une pièce de tatonnement, d'exploration, qu'à une oeuvre totalisante. Jamais définitive dans ses segments, mettant l'accent sur la répétition, la pièce avance avec la modestie qui sied à des artistes conscients de se confronter à un chef d'oeuvre musical.

 

 Face à une oeuvre aussi imposante que la Partita de Bach, il ne s'agit pas de proposer une réponse chorégraphique à chaque phrasé, mais plutôt de créer une ligne d'équivalences corporelles. C'est une approche en catimini, où la visée est d'effleurer plus que d'affirmer (et littéralement, les danseurs vont frôler le corps d'Amandine Beyer en courant autour d'elle). Au bout du compte, tout cela tient par une sorte de grace liée à la prise en compte de certains fondamentaux de la danse contemporaine : courses, sauts, corps à corps. Dans ce registre, Boris Charmatz excelle. En jouant totalement la question de la danse, il montre à quel point il se glisse avec aisance dans l'univers d'Anne Teresa De keersmaeker. Tout en étant très physique dans ses déplacements, il accomplit sa prestation avec une grande légèreté.

 

 La chorégraphe, quant à elle, en plus de toucher par sa belle présence sur scène, se fend parfois de quelques espiègleries, comme dans la belle séquence répétée des pieds qui se touchent, où elle rabat un pan de sa robe. La même robe, en avant de la scène, qu'à deux reprises elle remonte, comme si elle se raccordait, à mesure que le temps passe, à quelques mouvements incontrôlables de l'enfance. Des gestes qui disent, en tout cas, dans une discrétion mêlée de pudeur, que le temps qui passe, marquant le corps de son empreinte, signifie qu'il y a encore de la place pour le jeu.

 

 

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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