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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 10:57

 

 

 

 

 

Poetry

 

Film de Lee Chang-Dong

 

Avec Yun Jung-hee, Lee David, Kim Hara 

 

 A la vision du dernier film de Lee Chang-Dong, la tentation nous vient de se lancer sur la piste  de la comparaison. Position facile, mécanique, simplement enclenchée par la découverte, cette année aussi, de "Mother",  de Bong Joon-ho. Au coeur des deux films, une actrice principale âgée, la mort d'une adolescente - dans un cas un meurtre, dans l'autre, un suicide. Sur ce plan, il y aurait de quoi s'interroger, dans le cinéma coréen contemporain, sur le nombre d'intrigues axées sur le traitement fait à de jeunes lycéennes.

 

 L'ouverture macabre de "Poetry" (un corps féminin flottant dans une rivière) pourrait laisser penser que Bong Joon-hoo, cinéaste phare de la sphère asiatique, impose son influence parmi ses compatriotes. Il n'en est rien avec Lee Chang-Dong, apparu sur la scène internationale bien avant Bong. La pente criminelle ne l'intéresse pas, pas plus que l'approche décalée, cynique, d'une intrigue policière dans laquelle Bong est passé maître. "Poetry" est un film d'allées et venues, dans lequel on prend son temps, à l'image du dernier John Ford (Le soleil se lève aussi).

 

 Ici, pas d'empressement à résoudre l'énigme inaugurée par la séquence initiale - ça se fera tout simplement. Pas même, chez la grand-mère, de reproches perceptibles à l'égard de son petit-fils, si ce n'est, dans une fermeté gagnée sur sa tolérance, la volonté qu'il soit plus ordonné. Ça pourrait même énerver de voir qu'un tel sujet - avec ce qu'il implique d'effets collatéraux évidents sur la stabilité relationnelle - ne soit pas pris à bras le corps, n'entraîne pas plus de remous, de troubles chez les personnages.

 

 "Poetry" est un film sur l'apaisement, aux antipodes donc d'un "Mother" en particulier, d'un Bong Joon-hoo en général, où l'acharnement - à vouloir accéder à la vérité où à vouloir sauver un fils - est totalement évacué. Il suffit de voir la belle séquence où le policier amateur de poésie et de blagues grivoises joue au badminton avec la grand-mère pour s'en convaincre, avant qu'un complice n'emmène (tranquillement) son petit-fils.

 

 Si "Poetry" est un film de désamorçage des tensions dramatiques, il court aussi le risque, par cette manière de tout mettre à plat, de discréditer certains de ces moments, d'éteindre les feux de la fiction, précisément parce que ces différentes parties s'excluent totalement. Il en est ainsi du thème de la maladie d'Alzheimer : amorcé, puis évacué. Quant au thème principal qui donne son titre au film, son traitement n'est pas sans être problématique. S'il offre de bons moments (les présentations sincères des divers protagonistes du groupe, les déclamations de poèmes devant le micro), il se réduit parfois à certains schématismes idéalistes sur l'inspiration.

 

 Surtout, à la fin, on a du mal à comprendre, et à admettre, que seule la grand-mère ait pu réussir à écrire un poème, et aucun de ceux qu'on avait pris plaisir à entendre parler d'eux. Une a réussi, parce qu'elle est le centre de la fiction, et les autres, personnages secondaires - qu'on le veuille ou non - sont relégués au rang d'incapables, comme s'ils n'avaient pas suffisamment habité la fiction. In extrémis, Lee Chang Dong se laisse gagné par ce qu'il avait évité jusqu'alors : privilégier une tension au détriment d'une autre, reléguer dans les limbes ceux qu'il avait contribué à faire émerger tranquillement.

 

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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