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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 10:11

 

 

 

 

 

 

Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures),

 

Film de Apichatpong Weerasethakul,

 

Avec Thanapat Saisaymar, Janjira Pangpas, Sakda Kaewbuadee

 

 

"Dès qu'il eût franchi le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre" (Nosfératu, de Murnau)

 

 Cette citation du célèbre film muet de Murnau vise à rendre compte de l'espace dans lequel se situe le dernier opus d'Apichatpong Weerasethakul, heureux lauréat de la Palme d'or du dernier festival de Cannes. Si la dimension fantastique du film du cinéaste thaïlandais renvoie beaucoup, par les thèmes traités, à sa culture asiatique, son traitement cinématographique appelle des correspondances universelles, sous peine de se retrouver pantois devant cet objet visuel.

 

 Car le fantastique abordé dans "Oncle Boonmee", tenant de la rêverie poétique, renvoie à une sorte d'archaïsme esthétique : à l'ère des effets spéciaux numériques dont "Avatar" est le dernier représentant accompli, la proposition de Weerasethakul tient d'une sorte de purification radicale de la manière de filmer. Habitués que nous sommes aux récits conflictuels et sophistiqués, il n'est pas forcément évident d'entrer dans cet univers, à moins de se pénétrer d'emblée de l'idée que l'on peut faire un film sans tension. Les éléments s'intégrant dans les plans souvent fixes de "Oncle Boonmee" sont tout sauf invasifs.

 

 Ce qui se rajoute - en l'occurrence ici, les fantômes de la femme et du fils de Boonmee - vise moins à complexifier l'histoire qu'à la simplifier. Ce qui est recherché, c'est un ordre naturel de la présence. Le propos de Weerasethakul tourne autour de la façon de peupler un plan de données hétérogènes (les vivants et les morts) en rendant ces présences évidentes, fluides. Quand dans les objets audiovisuels occidentaux, peupler consiste au bout du compte souvent à exclure (Loft story et autres), entrer dans un plan d'"Oncle Boonmee" revient à y être bien accueilli, quand bien même on serait fantôme.

 

 Mieux, les fantômes semblent attendus, et c'est naturellement qu'ils trouvent leur place à la table de Boonmee. Hormis cette présence évidente du surnaturel, l'une des scènes les plus emblématiques du film reste celle du moine entrant dans la chambre de deux femmes pour y prendre une douche, comme si cela allait de soi, et ensuite revenant en caleçon s'habiller devant elles. Scène inconcevable dans une Thaïlande bouddhiste où la hiérarchie entre citoyen ordinaire et figures spirituelles impose une distance respectueuse.

 

 C'est peu dire que le film s'inscrit dans une veine contemplative, avec cette progression vers des plans fixes. Mais il a, par rapport à ce type d'approche si fréquente dans le cinéma asiatique, la capacité supplémentaire de conjoindre, avec une fluidité tranquille, des modes divers. La maladie de Boonmee qui l'achemine vers la mort, si elle affaiblit son corps, libère son imaginaire. En cela, on peut trouver une proximité avec un film du taiwanais Tsai Ming Liang, "I don't want to sleep alone", où l'immobilité du malade incarné par Lee Kang-sheng, était contrebalancée par une libération foisonnante de son imaginaire.

 

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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