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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 12:28

 

 

 

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                                                    Photo : Evi Fylaktou

 

 

"Prises/Reprises" - "Ça quand même"

 

Spectacles de Maguy Marin et Denis Mariotte

 

Avec Maguy Marin et Denis Mariotte

 

 

 

C'est vraiment l'occasion, pour les non-connaisseurs, d'assister à un spectacle de Maguy Marin, rendue célèbre avec "May B", qui révélait alors son goût pour Samuel Beckett. Le Festival d'Automne lui consacre une rétrospective contenant pas moins de six spectacles. Au théâtre de la Cité Internationale sont présentées actuellement (jusqu'au 27 novembre) deux pièces courtes : "Prises/Reprises" et "Ça quand même". Si le premier est en fait un solo de Denis Mariotte, complice de Maguy Marin depuis les années 90, il s'insère parfaitement dans l'univers de la chorégraphe.

 

Mieux : ce solo conçu et interprété par Mariotte lui-même intègre l'approche esthétique qu'on peut déceler dans bon nombre de spectacles de Maguy Marin : une attention au réel, par le prisme ici d'un homme qu'on découvre avec surprise caché sous une grande porte. Ce qui au départ semble relever d'une farce absurbe,  à mesure que Mariotte évolue sur scène, prend une ampleur forte, par l'ancrage dans un réel qu'on arrive peu à peu à subodorer. On y sent une sorte de course pour la survie, parfois régressive (on y déterre des ossements) mais évocateur de scènes d'actualité (la porte est aussi bien bouclier que barricade, donne à la pièce un parfum de lutte soixante huitard).

 

 Dans ces mouvements éreintants, où tout semble lui tomber dessus, Denis Mariotte traverse la scène comme un homme aux abois - la focalisation sur son seul corps évoque la position d'une caméra qui se braquerait sur un corps seul. Le plateau, sous le coup de ses gesticulations effrénées, se transforme en champ de ruines. Sorte de combat solitaire, kafkaïen, d'un homme contre le reste du monde, "Prises/Reprises" allie la sécheresse de la mise en scène à un engagement physique impressionnant.

 

Tout autre est "Ça quand même", qui plonge d'emblée dans une forme d'auto-dérision. Une voix-off (celle de Marin et Mariotte réunies) profère, de manière litanique, un texte marqué par un certain nombre d'adresses aux spectateurs. Loufoque, révélateur d'une auto-critique, il en appelle à la compréhension du public devant leurs spectacles exigeants. S'ensuit une série d'actes qui renvoient, sur le mode dérisoire, à la tradition dansée contemporaine à laquelle appartient Maguy Marin : entrées et sorties de scènes, changements de vêtements. On note aussi ce long épisode où les deux complices disposent sur le plateau une panoplie d'effigies les représentant, jusqu'à ce qu'ils disparaissent partiellement, par un mouvement uni d'un très bel effet.

 

Dans cette pièce, c'est surtout la présence des corps des deux compères qui se révèle touchante. Il faut les voir, dès le début, avec un sens consommé de la parodie, se livrer à des actes pour le moins dépassés : elle, habillée en danseuse étoile, écartant les jambes, lui venant se tenir debout sur ses hanches. Quand on pense que Maguy Marin est née en 1951, ces seuls moments impliquant un risque physique sont à saluer et marquent l'implication totale des deux complices.


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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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