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14 septembre 2010 2 14 /09 /septembre /2010 10:20

 

 

 

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Des hommes et des dieux 

 

Film de Xavier Beauvois

 

Avec Lambert Wilson, Michael Lonsdale, Philippe Laudenbach 

 

 Beaucoup de la nature du film de Xavier Beauvois (Grand Prix du festival de Cannes) se trouve inscrit avec une limpidité synthétique dans la belle affiche qui accompagne sa sortie. Par sa composition soignée, sa lumière, la disposition des corps, l'harmonie qui l'alimente, cette image renvoie à une iconographie religieuse mainte fois représentée dans la peinture occidentale.

 

 Après avoir vu le film, il est permis d'en avoir une toute autre vision, éloignée de l'apaisement initial lié à l'équilibre de l'image. Il parait évident que la question vitale contribuant à un certain suspense de l'intrigue ("on reste ou on part") est traduite dans cette image, à travers l'écoute des moines réunis autour de Lambert Wilson. Une attention se lit sur leur visage, renforcée par  une singularisation des traits. Celui assis à sa droite semble perdu dans une sorte de rêverie douloureuse, tandis que ceux qui sont vus de dos, au premier plan, paraissent penchés au point de prendre des notes.

 

 Concentration de l'écoute de l'un, en même temps qu'individualisation des caractères, tout cela était déjà présent dans une peinture cherchant à s'affranchir d'une représentation rigide où les sujets étaient placés sur un même plan. Ici, la délibération est plus inquiète, puisqu'elle est supposée se produire à la suite de l'assassinat d'ouvriers croates par des terroristes. Et qu'en est-il de cette lumière, d'emblée identifiable comme le marqueur d'une dimension spirituelle de l'image ? Il est plus réaliste de l'envisager comme celle provenant soit de l'hélicoptère planant comme une menace sourde, soit des phares de  camion. Car la sensation instillée au spectateur d'une menace planant sur les moines ne vient pas seulement des terroristes, mais, avec une sorte d'ambiguïté, aussi des soldats. 

 

 Cette répartition des moines autour de la table indique à quel point, au delà de l'unité de leur fonction, ils cherchent à resserrer leur lien face à une menace. Il s'agit de rester groupés, quand dans le film, et par la manière dont précisément Beauvois les présente, la découverte progressive de leur visage indique une volonté de les singulariser. Arriver à un ordre des corps face au chaos ambiant. Et c'est principalement par le chant que se réalise cette osmose. Les scansions régulières, nombreuses même, des psaumes, renforcent l'unité des moines.

 

 Ces psaumes, chantés bien souvent en cercle, pourraient donner l'impression d'un enfermement, d'un repli sur soi. Il n'en est rien, quand on voit l'ouverture de Lambert Wilson par sa pratique de l'arabe, du médecin incarné par Michael Lonsdale; où tout simplement par la détermination finale des moines de rester malgré le danger. Belle séquence de tension sonore, quand leur chant se trouve recouvert par le bruit de l'hélicoptère. Tentative de brouillage de leur unité, qui ne réussit qu'à les souder un peu plus.

 

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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