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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 16:00

 

 

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                                                       Photo : Elisabeth Carecchio

 

Que faire ? (Le retour)

 

Textes : Jean-Charles Massera, Benoît Lambert (and guests...)

 

Mise en scène de Benoit Lambert 

 

Avec Martine Schambacher et François Chattot

 

 

"On peut faire théâtre de tout, mais pas avec n'importe quoi !" (Antoine Vitez)

 

 En regardant "Que faire ? (le retour)", de Jean-Charles Massera, mis en scène par Benoît Lambert, il n'y a pas de doute que la question politique trouve son espace d'articulation sur une scène de théâtre. La justification est d'autant plus forte que la question "Que faire ?" devient la matrice d'une interrogation sur les conditions de modification de la réalité. Elle est, par extension, génératrice d'utopie. Elle impulse tout autant une dynamique théâtrale particulière, portée par deux comédiens aussi antithétiques qu'ils sont complémentaires.

 

 Car prendre à bras le corps le sujet politique, même si il est intrinsèque au théâtre, nécessite un maniement particulier, si on ne veut pas courir le risque de la lourdeur démonstrative ou de la désincarnation théorique. L'entrée en matière de "Que faire ? (Le retour)" réussit à faire de l'appréhension du politique la matière d'un renouvellement : d'un banal décor de cuisine, où un homme (François Chattot), assis  à sa table, entame son dîner, on assiste à l'entrée de sa femme (Françoise Schambacher). Supposée le rejoindre dans un acte quotidien et nécessaire, son attention est happée par un livre posé dans un coin. Livre qui captive non au départ pour son contenu que pour l'incongruité de sa présence. Dès lors qu'elle le feuillette, son intérêt grandit à tel point qu'elle poursuit des actes de façon mécanique (servir son mari) et finit par se plonger dans une lecture aussi captivante que terrifiante.

 

 Dès cette première scène est livrée l'articulation qui va nourrir la tension principale de la pièce : le surgissement de l'histoire, manifesté par la présence d'un livre (Les méditations métaphysiques, de Descartes), et l'interrogation du quotidien qu'il suscite, rendu par un rapport au présent parfois trivial. Questionnement sur ce qu'il reste des formes utopiques, "Que faire ? (Le retour)" peuple la scène non plus de projets particuliers sur les changements à apporter au monde, mais de ce qui a pu nourrir les idéologies : les livres. La relation que les personnages entretiennent avec les piles de livres déposées peu à peu se fait sur le mode de l'inventaire, rendu par des réponses binaires : "On garde", "On jette". 

 

 Le frémissement qui s'ensuit permet de suturer ce couple plongé dans la routine. La relation fébrile aux divers textes est marquée par des tentatives de réhabilitation, jalonnée d'éreintements, et rend compte de la difficulté d'un positionnement dans un univers contemporain. Les schématismes pleuvent, liés à une sorte d'amnésie, de coupure radicale entre le passé et le présent. Les livres éparpillés deviennent la métaphore de cette position idéologique délabrée. Pas si simple, dans la banalité du quotidien, de se coller à Marx, Kant, Nietzsche, Descartes. 

 

 Face à ce champ de ruine, un seul recours, pour le metteur en scène : l'exaltation du jeu. Prédilection pour une approche comique, voire à certains moments franchement burlesque, laissant libre cours à la verve des comédiens. Dès le départ, c'est la manière dont Martine Schambacher se déplace dans l'espace qui attire le regard : mouvements précipités faits de petits sauts, d'écarts impromptus, qui traduisent moins une jubilation du corps que sa préparation fébrile devant les nouveaux élans. Comme les pas d'esquive d'un boxeur avant de se coller à la confrontation avec le corps de l'autre. L'énergie que la comédienne déploie trouve son point d'orgue dans un moment burlesque profondément hilarant lors duquel elle prépare un gâteau. La veine musicale de la pièce nous offre également une désopilante interprétation d'un morceau de Nina Hagen. Scène déjantée en play-back envisagée comme la version folle d'une scène névrotique d'un film de David Lynch.

 

 De son côté, François Chattot, de par sa robuste stature, sa rondeur tranquille, apporte un contrepoint nécessaire devant l'agitation de sa comparse. Force et équilibre gouvernent sa prestation. C'est souvent comme cela que fonctionne ce type de duo : c'est de leur opposition qu'on tire la matière permettant d'explorer les rivages les plus inattendus.

     

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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