Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 10:52

 

 

 

 

 

Racheter la mort des gestes

 

Spectacles de Jean-Claude Gallotta

 

 

"La danse est un arc tendu entre deux morts" : Doris Humphrey

 

 

 A l'exposition de photos consacrée à Hervé Guibert à la Maison Européenne de la Photographie en 2011, certains tentaient difficilement de lire, à travers une vitrine,  un texte de l'écrivain sur la danse, tant les caractères étaient petits. Plus de problème avec le spectacle de Jean-Claude Gallotta, dont le titre réfère à cet article : on y entend en voix-off le texte important de Guibert, révélateur de l'acuité d'un écrivain peu rompu alors à la chorégraphie.

 

  Mais le spectacle de Gallotta, sous-titré "chroniques chorégraphiques" n'est pas qu'un simple hommage à un texte qui garderait sa force critique : Gallotta trame autour tout un kaléidoscope d'images, de sons et de mouvements à travers une forme qui lui est désormais chère.

 

 Il faut souligner à quel point cette approche, pour autant qu'elle s'appuie sur une forte dimension nostalgique, s'insère avec bonheur dans les interrogations chorégraphiques contemporaines. Gallotta, qui a été en retrait de la scène, en utilisant cette sorte de journal chorégraphique, arrive, du haut de ses 62 ans, à rejoindre des trajectoires de chorégraphes exigeants. On pense par moments à Jérôme Bel qui, dans son dernier spectacle, "Disabled Theater", faisait intervenir une troupe d'handicapés.

 

 Parmi les formes multiples exploitées dans "Racheter la mort des gestes", le dispositif inaugural, à mesure qu'il revient dans le spectacle, fait mouche : cet écran qui occupe la largeur du plateau, aplati comme un cinémascope pour orienter la trajectoire du regard, séduit par sa simplicité. Voir inlassablement les mêmes traces nocturnes, et principalement ce tramway parcourir l'écran, ajoute à une impression de poésie nocturne. Le silence de ces images, conçues comme une installation, conforte la teneur de ce spectacle : rendre compte d'une traversée.

 

 Quand bien même il est difficile de prime abord de comprendre le choix de certaines séquences (comme l'extrait de "Lawrence d'Arabie"), cette pratique inlassable du collage pourrait paraître pure manipulation habile si elle n'était portée par un projet sincère. On a envie de dire que suivant son parcours d'artiste, Gallotta a autorité pour jeter sur scène autant d'éléments, allant jusqu'à montrer un extrait d'un péplum précédemment joué par des danseurs. L'image envahit la scène, les corps miment le cinéma, les musiques les plus diverses se côtoient, renversant la notion de hiérarchie pour mettre en avant leur charge affective et mémorielle. Entendre le discours de Dakar de Sarkozy contient une force capable de réactiver une indignation, comme la voix de Gilles Deleuze rappelle la qualité de pédagogue de ce philosophe. 

 

 C'est la force de "Racheter la mort des gestes" que de proposer, sous son allure hybride, un spectacle dans lequel figure plus de vingt interprètes d'appartenance et de générations multiples. C'est par leurs corps que le spectacle acquiert une puissance émotionnelle et une unité stylistique. Pourtant, la disparité des physiques, des âges et des fonctions (amateurs et professionnels), les différentes formes de danse,  auraient pu rendre difficile cette synthèse. Grande danseuse longiligne, handicapés dans leur fauteuil, danseur âgé véloce, femme jouant le rôle de la mère, tous participent avec un égal bonheur à ce spectacle dont on imagine à quel point la réussite repose sur une complicité sans faille.

  

Cette forme narrative éminemment moderne culmine avec la représentation de la mort de la mère du chorégraphe. Scène magnifique qui en dit long sur l'originalité de l'introduction d'une personne susceptible, par son âge, d'incarner un rôle en lui donnant par sa seule présence une ampleur inédite. Avec cette séquence, et la manière dont les danseurs animent ce corps fragile, il n'y a pas de doute que Jean-Claude Gallotta traite à fond le sujet représenté par le titre de son spectacle. On ne peut rêver meilleure appropriation.

  

Partager cet article

Repost 0
Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
commenter cet article

commentaires

BG Sprayers 07/10/2014 14:33

The death of the mother of the choreographer is a scene that is worth to see. This is one part of the novel that is shown in the dramatized manner with a bundle of emotions. The unprecedented presence is all it portrays.

Blog De Karminhaka

  • : Attractions Visuelles
  • : Cinéma, théâtre, voyages, danse contemporaine, musique du monde
  • Contact

Recherche