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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 11:32

 

 

 

 

 

 

 

Re : Walden

 

Adaptation de Jean-François Peyret

 

d'après "Walden ou la vie dans les bois", d'Henry David Thoreau

 

Avec Clara Chabalier, Jos Houben, Victor Lenoble, Lyn Thibault, et en alternance Alexandros Markeas et Alvise Sinivia (piano)

 

 

 Il y a de "l'Atelier de création radiophonique" dans "Re : Walden", adapté par Jean-François Peyret, d’après Thoreau. C’est dire que cette approche, en comparaison avec l’une des émissions de France Culture (arrêtée en 2011), reflète l’attention portée au son dans la pièce. Voix qui se chevauchent, redoublent, relayées par la musique : c’est à toute une expérimentation sonore à laquelle nous sommes conviés.

 

 Dès le départ, les comédiens à l’avant-scène disent plus qu’ils ne jouent des extraits du fameux texte de Thoreau, sur un ton tellement neutre et bas que cela suffit à provoquer l’agacement d’un spectateur exigeant. Mais bientôt, pour soulager l’atrabilaire, la voix des comédiens se trouve amplifiée, et c’est toute la question de la manière d’aborder un texte, tant sur le plan de sa compréhension que de son interprétation, qui va traverser le spectacle. A plusieurs reprises, quand un comédien dit un extrait, un ou une autre lui propose un mot ou une expression différents leur paraissant plus appropriés. Cela témoigne d’une volonté de ne pas livrer le texte tel quel, dans sa force littéraire, mais plutôt d’en proposer une traversée modeste, qui se veut au fond interrogative, déconstruite.

 

 Le caractère expérimental de la pièce, confinant un temps à une sécheresse scénique, est renforcé par la présence d’un certain nombre de personnes assis devant leur ordinateur, tournant le dos aux spectateurs, comme des techniciens d’une tour de contrôle qui veilleraient au bon fonctionnement d’une machine. Ce "deus ex machina " est en fait assez trompeur, puisque la plupart ne font en fait pas grand-chose, certains se contentant de regarder leur écran (on en voit même un(e) qui feuillette une revue). Par ailleurs, les comédiens viennent parfois s’asseoir, comme pour s’offrir un répit.

 

 Tout cela pourrait paraître assez froid – et à vrai dire, une menace d’intellectualisation pèse sur ce spectacle conceptuel. "Re : Walden" réussit pourtant à créer des moments sympathiques, voire désopilants, teinté d’un burlesque doux, notamment par la présence d’un pianiste étonnant. Posté devant son double instrument, à la manière d’un pianiste de saloon, il se livre à toutes sortes d’expérimentations sonores, en particulier dans un jeu de redoublement des morceaux qu’il joue. Se crée ainsi un dialogue sonore du pianiste avec lui-même, jusqu’à ce passage où, quittant ses pianos, l’instrument, comme une boîte à musique, continue à jouer. On est alors autant dans l’aridité musicale contemporaine que dans une sorte d’amusement grotesque, auquel vient même se joindre une des comédiennes.

 

 Dans ce spectacle où l'on fait appel aux techniques les plus sophistiquées, certaines scènes réussissent à créer un peu de magie sur le plateau : il y a en particulier la belle scène de la pêche aux lettres, ou encore celle avec le pianiste qui produit un dialogue simultané avec l'écran en fond de salle, en créant des modulations lumineuses en fonction de la variété et de l'intensité de ses frappes. Enrobés de cet écrin informatique, les comédiens courent parfois le risque de voir leur corps se figer, notamment dans une posture de contemplation passive, comme vers la fin, lorsque sur l'écran défile un personnage de synthèse. A d'autres moments, ils peuvent réussir à créer un petit délice, comme avec le comédien qui récite un texte défilant en même temps sur l'écran, fruit d'une traduction pour le moins hasardeuse. Si "Re : Walden" est une pièce imparfaite, curieuse, son intérêt réside pourtant, à travers sa singularité, dans une exploration originale de pôles divers. Elle réussit de plus à nous donner envie de lire le "Walden" de Thoreau.


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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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