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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 07:50




 
 
Valvert
 
Film de Valérie Mréjen
 
"Valvert" est l'anti "La moindre des choses". Là où le fameux documentaire de Nicolas Philibert, tourné à la clinique de La Borde, se distinguait par un humanisme affiché, celui de Valérie Mréjen, issu d'une commande, se situe dans un écart. Peut-on d'ailleurs parler de documentaire, dans ce film au style affirmé, obéissant de façon minimale à une charte, notamment à travers sa durée (52mn) ? Seules les interviews du personnel soignant semblent répondre à une certaine norme documentaire, en inscrivant le traitement des malades dans un futur marqué par le rendement.
 
 Cette dimension informative dénote un peu avec le ton général du film, qui est de rester dans une zone d'obscurité. De toute façon ces explications, référant moins au présent qu'à des suppositions pessimistes sur l'avenir, indiquent combien le propos devient secondaire par rapport à ce qui est montré. A coup de plans fixes, Valerie Mréjen filme ces malades atteints de troubles psychiatriques. Leur relative liberté de mouvements ne contribue en rien à ouvrir une compréhension de leur fonctionnement ou de leur identité.
 
 Le cadre dans lequel ils se meuvent inscrivent du possible, mais n'ouvrent sur rien de précis. Il y a cette scène particulièrement frappante d'un homme à l'allure fébrile, ravagé par la douleur et sans doute les médicaments, l'air timide jusqu'à l'introversion, posant des questions naïves. Voyant passer en arrière plan des femmes, il quitte subitement le champ pour réapparaître, dans une course incertaine, ses jambes maigres, à la poursuite de la gente féminine. La force d'un désir profondément inscrit en lui contraste avec cette limite physique le plaçant du côté des personnages de Beckett.
 
 C'est avec la question du langage que le film de Mréjen  se distingue le plus. En effet, il est souvent difficile de comprendre les propos tenus par la plupart de ces malades. Leur logorrhée n'affecte pas pour autant leur qualité de présence. Au contraire, l'opacité redoutée est déjouée par le frémissement se dégageant de leur volonté de parole. Les plans rapprochés participent de cette présence.
 
 Quand la majorité des plans fixes reflètent une composition formelle soignée, gage d'une assise esthétique, le documentaire laisse la place à l'envahissement aléatoire. C'est le propre de ces corps immaitrisables d'inscrire des mouvements improbables dans le champ, comme les mouvements incertains de l'homme en quête d'un comparse pour jouer aux boules. C'est avec lui que se conclue le film, avançant dans le plan au point que son corps disparaît à moitié, tandis que résonne un "Je suis là". Conjonction d'une dynamique corporelle et d'une affirmation par la parole qui sont comme les marques d'une volonté d'exister.
 

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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