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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 16:00

 

 

 

 

 

 

Salves

 

Spectacle de Maguy Marin

  

 D’évidence, le dernier spectacle de Maguy Marin évoque l’un de ses plus beaux, « Umwelt », présenté au Théâtre de la Ville , bien que le dispositif scénique soit différent. Mais il y a, dans le mouvement des corps des danseurs (si toutefois on peut les qualifier ainsi) une grande proximité, tels des ombres qui, sous le cou d’une menace, se faufilent dans l’espace, s’échappent en catimini. Déplacements souples, déliés, réguliers. « Umwelt » était organisé à partir d’un décor fixe, composé de miroirs transparents renvoyant l’image des danseurs se faufilant entre eux. Décor fixe, mais pour une circulation maximale, riche en surprise. Dans « Salves », au contraire, ce qui revient, en un leitmotiv entêté, c’est la construction de tables avec des planches que les danseurs se transmettent avec une rigueur extrême.

 

 Mais il faut commencer par le début, alors que la salle est encore allumée, pour comprendre comment, d’emblée, le geste artistique de Maguy Marin s’affirme, comment ses intentions prennent place avec une évidence lumineuse. De ses doigts, un homme dénoue un fil avec une extrême délicatesse. On le croit invisible au départ, mais quand il tend son bras vers un ou une partenaire assis dans la salle, il ou elle se lève et rejoint la scène ; alors on finit par réellement voir ce fil qui ne semblait être que la métaphore du partage mais qui, miraculeusement, n’en finit pas de se diviser pour créer du lien.

 

 Sur scène, avant même le début du spectacle, on aperçoit des bandes qui vont se mettre à tourner, dont les danseurs vont jouer, produisant des sons divers, morceaux de musiques et de voix, bien souvent interrompus dans leur flux. Une ambiance sonore sourde, planante, évocatrice de battements d’ailes d’hélicoptère, très proche de l’atmosphère musicale de « Umwelt ». La collaboration de Maguy Marin avec Denis Mariotte, le musicien, reflète cette unité.

 

 Entre « Umwelt » et « Salves », Maguy Marin a livré des spectacles plus radicaux, mal compris, mal appréciés (en particulier « Turba » vu à Vidéodanse au Centre Pompidou l’hiver dernier). « Description d’un combat » précédent spectacle présenté au Théâtre de la Ville, était encore dans une veine immobiliste, traversé d’éclats liés aux voix et aux couleurs des habits. Il y avait comme une matière à apaisement après la bataille. Le mouvement de « Salves », apparemment plus débridé, est porteur de bien des interrogations de Maguy Marin sur le monde. On y sent l’urgence à tisser des liens, comme l’a magnifiquement montré la scène inaugurale. Les corps se précipitent, se soutiennent, jusqu’à parfois retrouver un classicisme chorégraphique (les portées).

 

 Le titre du spectacle, beau en soi, correspond bien avec le dispositif scénique fait de moments courts, rapides, entre lesquels se glissent des noirs, comme les fondus au cinéma. Dans ces courts moments comme menacés par une disparition imminente, il y a urgence à exprimer son rapport au monde, entre soudure de liens et révolte (la destruction du tableau de Sarkozy). Car derrière l'harmonie préétablie qui amène, dans une scène finale, à dresser une table à toute vitesse, c'est la menace du conflit qui plane. Du tréfonds des tables habilement construites émergent des figures menaçantes, tel ce soldat fantomatique. Elles contrarient l'osmose des corps harmonieusement disposés en les poussant. Avec la scène finale d'hélicoptère téléguidé, aussi lumineusement significative que kitsch, la critique de la croyance prend un tour on ne peut plus amusant.

 

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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