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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 07:52

 

 

 Sankirtana.jpg

                                                       Photo : Maison des Cultures du Monde

 

 

Sankirtana : chants et tambours rituels du Manipur

 

 Devant la venue d'une troupe de chanteurs-musiciens en provenance d’Inde du nord pour un spectacle présenté comme un rituel, on pourrait se poser la sempiternelle question : que reste-t-il d’un rituel dès lors qu’il abandonne sa sphère d’appartenance originelle pour se déployer sur une scène de spectacle occidentale ? La réponse, face à cette troupe, pourrait se résumer à se laisser couler à la puissance d’un surgissement tranquille.

 

 Précisément, de voir apparaître une cohorte d'hommes, aux vêtements à la blancheur immaculée, cela affirme le poids de la surprise et l’évidence d’un éclat. Advenant de prime abord en dehors de toute performance musicale, on se plaît à suivre leur répartition sur la scène, leur positionnement rigoureux, les flexions des corps entiers au sol en prélude au rituel. Le pouvoir de fascination demeure à cet égard, ne serait-ce que parce que le Manipur, région du nord-est de l’Inde, est rarement représenté à Paris.

 

 Avant toute appréciation musicale, c’est l’œil du spectateur qui se rive à ces physiques inhabituels pour un occidental : des hommes de petite taille, toutes générations mêlées, le visage arrondi, les yeux bridés. La surprise est là, et le voyage peut commencer. Une conque, qui va scander la progression rythmique du rituel, est tenue par un officiant, son geste se confondant avec l'aspect cérémonieux requis lors des offrandes.

 

 Deux percussionnistes sont au cœur de ce rituel. De générations différentes, à l’image de la plupart des participants, leur prestation au départ se veut presque feutrée, comparé à Thayambaka, groupe de percussions de l’Inde du sud. C’est que la particularité de ce rituel repose sur une intensification progressive du rythme. Là, le spectacle devient proprement vertigineux, et les oreilles des auditeurs prises dans une sollicitation maximale, en raison des frappes exécutées sur des cymbales par les participants répartis en arc de cercle, ou pris dans le mouvement de plus en plus endiablé.

 

 Ce déchaînement sonore, ponctué de cris émis par le percussionniste principal, révèle une science rythmique extraordinaire. Les torrents percussifs laissent parfois la place à des moments de suspens, caractérisés notamment par les gestes du meneur : à la lisière d’un roulement effréné de ses mains sur son tambour, son bras se soulève, dessinant lentement dans l’espace un lent mouvement. Solennel et infiniment apaisant, comme si son corps, rompu à des exercices pouvant mener à la transe, traçait, par cette suspension, une voie vers la tranquillité.

 

 Le rituel est rendu plus spectaculaire encore avec les danses tournoyantes qui accompagnent les percussions. Véritable prouesse physique et technique, réjouissante par leur caractère virevoltant, on a l'impression de se détacher d'une spécificité indienne. Adossée à l'Himalaya, la culture de l'Assam semble entrer en relation avec d'autres rituels plus asiatiques, tibétains en particulier. Ces danses tournoyantes, avec ces cymbales tonitruantes à l'appui, peuvent rappeler le merveilleux style coréen Samulnori, plusieurs fois présentés à Paris. Mais ici, par la présence des chants responsoriaux qui accompagnent le tonnerre des percussions, le recueillement n'est jamais loin.

 

 

Vidéo du spectacle disponible gratuitement sur Arte jusqu'à début décembre 2012

http://liveweb.arte.tv/fr/video/Sankirtana_Musee_du_Quai_Branly/

 

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