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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 16:00

 

 

 

                                                                                     

                

 

Soapéra

 

Spectacle de Mathilde Monnier et Dominique Figarella

 

 Comme souvent dans certains spectacles de danse contemporaine, la frontière entre le moment où la lumière s'éteint et le début du spectacle reste ténu. "Soapéra" ne déroge pas à ce brouillage des frontières, des espaces, puisque l'on se passionne pour ce qui se déroule sur scène avant même son véritable commencement. La lumière encore allumée, le spectateur a tout le loisir de voir ce dispositif particulier où une sorte de gros tuyau déverse sur la scène  du liquide mousseux (voir photo). Ce n'est pas un spectacle en soi, puisqu'on a précisément l'impression d'assister, paradoxalement, à une mise en place.

 

 On est à la jonction d'une fin et d'un début : fin d'une préparation d'un espace en vue du commencement d'un spectacle. Il y a une certaine façon de se détendre en regardant s'écouler cette masse. L'entrée en matière se fait plutôt sur le mode ludique. La seule question à se poser, le seul véritable suspens initial est de savoir si cette épaisse mousse va déborder du plateau. On peut se laisser aller, dans cette perception tranquille, à imaginer, en fonction de sa culture, ce qu'évoque ces formes envahissantes : de la barbe à papa géante, des dunes, un vaisseau spatial qui se délite sous la chaleur terrienne, un espace lunaire. Puis des interrogations peuvent surgir, comme récemment avec la mise en scène de "3Abschied" : comment les danseurs vont s'emparer de l'espace de la scène envahie par cette mousse ?

 

 C'est là que le plus beau advient dans ce spectacle. Les danseurs surgissent précisément là où on ne les attendait pas : à l'intérieur de la structure mousseuse, la modelant, changeant ses formes, dessinant des bosses, des volutes. L'inattendu, et par là l'émerveillement produit, tient à cette différence de densité entre les corps des danseurs et la mousse, qui entraîne une approche souple. Il s'agit pour eux d'épouser une forme au point de faire corps avec. La mousse, masse qu'on s'apprêtait à voir se dilater et s'évaporer, se révèle dense, au point d'être utilisée comme une matière solide, une seconde peau. On s'étonne presque que plus tard, il n'en reste plus que de vagues traces sur le plateau ; disparition liée à une autre relation instituée avec un panneau géant en forme de tableau, sur lequel les danseurs laissent libre cours à leur expression chorégraphique.

 

 Le solide remplace le liquide ; l'aspect pictural prévaut, jusqu'aux habits des danseurs, colorés de vert ou de marron, contrastant fortement avec l'unité monochrome de la mousse. Cette partie est moins surprenante, quand bien même elle serait réussie. Il faut dire que l'on s'habituait au traitement plastique de cette mousse, au point, pour les spectateurs des premiers rangs, d'en éprouver la texture, quand elle fut projetée dans la salle par le panneau géant. Quelques irritations de la gorge s'ensuivirent. Il y avait un plaisir quasi infantile de voir évoluer cette masse avant sa volatilisation. On reste là, penauds, comme des enfants obligés de sortir d'un bain, faute d'être environnés par une mousse réconfortante.

 

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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