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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 08:40
 
 
 
 
 
Philoctète, de Jean-Pierre Siméon
 
Mise en scène par Christian Schiaretti
 
Avec Laurent Terzieff, Johan Leysen, David Mambouch
 
 "Philoctète", de Jean-Pierre Siméon, mis en scène par Christian Schiaretti, est gouverné par un double paradoxe : paradoxe de mise en scène, à travers la manière dont les acteurs incarnent leur rôle. Paradoxe des postures des personnages de la version de Siméon. Conçue comme une variation de la pièce de Sophocle - jadis commandée à Siméon par Schiaretti -, l'histoire narrée se centre autour de Philoctète retranché dans une grotte, blessé, avec pour toute défense (et puissance) l'arc et les flèches hérités du défunt Héraclès.
 
 Outils magiques convoités par Ulysse pour conquérir Troie. Il charge Néoptolème de les récupérer en l'incitant à employer la ruse. Paradoxe d'un homme aux pieds pourris, qui n'en finit pas de ne pas mourir, réduit, par sa limite physique et son retrait du monde, à un confinement animalier, et qu'on vient chercher, provoquer, non seulement pour récupérer un instrument, mais pour l'inciter (l'obliger) à suivre Ulysse et ses soldats. On peut trouver, à travers ce texte de Siméon et sa traduction scénique, une résonnance beckettienne, représentée par la figure de ce personnage hors du monde qui pourrait tout aussi bien dire, comme au début de "Malone meurt" : "Je serai bientôt tout à fait mort enfin", et qui doit malgré tout prendre en charge l'énergie qui lui reste pour continuer à parler.
 Dans sa façon d'interpréter Philoctète, Laurent Terzieff renforce ce paradoxe, en creusant un écart avec ses partenaires de scène. Quand David Mambouch (Néoptolème) se contente la plupart du temps de hurler son texte (est-ce une manière de représenter la virilité ?), Terzieff  insuffle à  Philoctète une énergie sans cesse renouvelée. Point de morne plainte, d'accablement. Celui qui n'en finit plus de souffrir physiquement devient, par son invention constante, plus vivant que les autres. La variété de son timbre, son expression corporelle masquant un âge avancé, tout cela contribue à installer une animation constante.
 Il y a jusqu'à la scène, magnifique d'expressivité contenue, où, allongé sur le sol, il mime la douleur provoquée par son pied pourri. Pas de place ici pour le cri réaliste, mais plutôt une modulation, une variation confinant au lyrisme. Quand le cri se mue en chant... C'est celui qui est confiné dans l'espace qui bouge le plus, alors que ceux rompus aux mouvements de conquète (Ulysse et ses soldats) se figent totalement sur scène. L'aura de Philoctète, à travers son incarnation par Terzieff, dit combien l'homme, dans sa déchéance, conserve une force que restitue sa confrontation à Ulysse et ses soldats : le menacer avec une lance crée une distance respectueuse. Que vaut une lance face à l'arc magique ? 
 La plus belle scène du spectacle est sans doute l'apparition de Héraclès. Le décor, réduit jusqu'alors à un grand panneau présent à l'avant-plan, s'ouvre soudainement pour révéler ce personnage dont l'empreinte traverse toute la pièce. Respiration finale pour signifier en même temps la clôture de la pièce.
 

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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