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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 20:01

 

 

 

 Double-suicide-a-Sonezaki.jpg

 

   

Sonezaki Shinjû - Double suicide à Sonezaki

 

Pièce de Chikamatsu Monzaemon

 

Mise en scène et direction artistique : Hiroshi Sugimoto

 


 Oeuvre célèbre du répertoire du bunraku, "Double suicide à Sonezaki", de Chikamatsu Monzaemon, aura connu un destin comparable aux "Souffrances du jeune Werther" de Goethe, c'est-à-dire d'obtenir le pouvoir tristement célèbre de déclencher une cascade de suicides dans la société japonaise. Un fléau tel que les autorités avaient, selon Hiroshi Sugimoto, dû prendre des mesures sévères pour freiner cet élan mortifère.

 

 Que peut-il rester, des centaines d'années plus tard, d'une oeuvre qui aura eu autant d'impact ? Déjà, son pouvoir de perpétuation aura largement dépassé le cadre du théâtre, pour être adapté de multiples fois, notamment au cinéma, par exemple par un cinéaste aussi sulfureux que Yasuzo Masumura. Plus curieux, Masahiro Shinoda, avec "Double suicide à Amijima" s'appuyant sur une autre pièce de Chikamatsu Monzaemon, inscrivait des références explicites au bunraku.

 

 Sous nos latitudes, il y a jusqu'à Sophie Calle qui, dans sa superbe expo à la bibliothèque Labrouste "Prenez soin de vous", inscrivait une scène de bunraku sur un écran de télévision. On garde encore à l'esprit le mémorable "Tambour sur la digue", d'Ariane Mnouchkine, qui gardait le principe du bunraku, poussant le processus théâtral jusqu'à faire des marionnettes... de vrais humains.

 

Sur la scène du Théâtre de la Ville, dès le prologue, on croit dans un premier temps avoir à faire à une lecture radicale du bunraku (sur un écran derrière est projetté un film d'animation). Une approche d'autant plus étonnante que, selon Hiroshi Sugimoto, ce prologue a longtemps été mis de côté. Mais l'approche que l'on croyait subversive laisse ensuite la place à une mise en scène qui, pour être somme toute classique, n'en contient pas moins le charme inhérent à ce style typiquement japonais. La seule apparition des kuroko (manipulateurs vêtus de pied en cap de noir), marque la spécificité du bunraku. Surgir pour mieux s'effacer, à mesure que l'oeil se concentre sur les poupées qu'ils manipulent.

 

Nous avons alors droit à des scènes d'un raffinement extrême, à partir du moment où, au coeur d'une histoire tragique, se dessinent quelques moments particuliers : Ohatsu cachant son amant Tokubei avec le bord de son kimono ; une gérante d'auberge qui se réveille torse nu et allume une lampe (moment magnifique qui, grâce à la pénombre, accentue la dimension onirique de la pièce). Peut-être que le plus étonnant tient à ce sentiment que les masques que l'on peut trouver sur le visages des acteurs de No, contribuent ici à donner encore plus de vie à ces marionnettes, en ce que le visage devient le lieu où l'on guette des variations émotionnelles humaines.

 

Il n'est pas sûr, cependant, que dans une aussi grande salle, tous les spectateurs puissent avoir accès à la subtilité visuelle du bunraku. Mais la plénitude de ce spectacle repose aussi pour beaucoup sur son accompagnement : intensité de la musique de shamisen, virtuosité du récitant, qui adopte tous les rôles et apporte ainsi une expressivité remarquable, contrepoint à la délicatesse des mouvements de poupée. Spectacle rare qui, du Kabuki au No, révèle la richesse du théâtre classique japonais.

 


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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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