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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 10:24

 

 

 

MaedaMiwa Monden350

                                                       Photo : Miwa Monden

 

 Suteru Tabi

 

Texte et mise en scène de Shiro Maeda

 

Avec Shiro Maeda, Daisuke Kuroda, Asuka Goto, Yuko Kibiki

 

 

 L'étrangeté de "Suteru Tabi" s'offre dès la première scène : un homme assis sur une chaise, en proie à des mimiques évoquant l'effroi, se lève, adopte des postures particulières (se pencher en avant, se courber, avancer avec les mains contre les jambes, ramper, se rouler par terre). Toute cette série de gestes précipités, comme émanant d'un être aux abois, ne peuvent être décryptés d'emblée. Elle installe de prime abord un simple tracé corporel : celui d'un comédien qui va occuper le centre de la pièce, autour de thèmes précis, navigant entre réalisme et onirisme.

 

 L'amorce de compréhension ne débutera que lorsque seront mises en place les identités des personnages qui vont investir la salle de la MCJP, que l'on découvre avec surprise modulable. Un jeune frère, son grand frère, leur soeur et sa femme. L'homme du début, est ainsi le jeune frère, et le jeu particulièrement agité de Daisuke Kuroda crée ainsi des décalages surprenants, lié à son expressivité maximale alors que les autres évoluent sur un registre beaucoup plus ténu, avec parfois une voix à peine audible. C'est tout l'écart entre un espace onirique, fait de peurs, de désirs, de régressions qu'incarne l'un, et un écrin de normalité, d'ordre familial que représentent les autres.

 

 De l'aveu même de Shiro Maeda, soucieux de livrer des clés de compréhension au public occidental, ses propres rêves forment la matière principale de ses pièces. Nul doute que "Suteru Tabi" ne déroge pas à cette constance, tant ce qui s'y déroule dépasse les logiques narratives fondées sur la succession des séquences. La pièce, en intriquant onirisme et réalisme, prend souvent une teinte totalement absurde, rejoignant ainsi par moment le théâtre d'Ionesco.

 

 Elle pourrait d'ailleurs s'appeler "les Chaises", comme la fameuse pièce de Ionesco. Derrière la simplicité de la mise en scène - qui pourtant, facilite le déploiement onirique - Shiro Maeda réussit à créer une dynamique scénique réjouissante avec seulement quatre chaises. Que ce soit pour représenter une scène dans un cimetière (drôle car transformée littéralement en séance de cinéma) ou une simple conversation assise, l'utilisation de ces chaises est remarquable. Il y a jusqu'à cette séquence, l'une des plus riches de la pièce, où le jeune homme, en rampant entre les chaises, voit son parcours rallongé par les autres protagonistes. Scène tintée de cruauté, véritable traversée du miroir, orientée sur une notion de naissance.

 

 Puisque le rêve est la nourriture qui irrigue "Suteru Tabi", la pièce est ainsi fournie en métaphores, et il n'est pas toujours évident d'en capter la portée. Shiro Maeda s'applique parfois à brouiller les cartes, en fonction de l'état de confusion dans lequel se trouve son personnage principal. Il y a ainsi ces variations autour de Taro, dont le jeune homme se demande s'il est un chien, s'il est réellement mort, etc. Confusion, brouillage à mettre sans doute sur le compte du deuil, du télescopage des impressions et des troubles liés au caractère initiatique de la pièce.


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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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