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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 15:28

 

 

 

annamyradova thumb

                                                       Photo : Kamrouz                                                                      

 

Tawus Annamyradova, chant et dotâr

 

Tagan Taganov, dotâr ; Allahverdi Atayev, ghijak

 

 

 Le concert du 10 décembre au Théâtre des Abbesses était placé sous le signe du cheval, avec un répertoire instrumental imitant le rythme de cet animal essentiel en Asie centrale. On ne croyait pas si bien dire car, lorsque les musiciens sont arrivés sur scène, à peine étaient-ils assis que le joueur de dotâr s’élançait déjà dans l'exécution de son morceau. Il y avait de quoi être surpris, quand on s’attendait, comme dans la musique indienne, à quelques moments consacrés à régler les hauteurs de timbre des instruments. Mais ici, point d’entrée lente dans l’espace musical ; point d’échanges du regard, de suspens méditatif avant d’attaquer un morceau.

 

  L'arrivée sur scène des musiciens est un spectacle en soi ; elle, parée des atours traditionnels les plus rutilants - c'est à se demander si cet habit où foisonnent bijoux et couches de vêtements colorés n'est pas porté uniquement pour éblouir les spectateurs français. Les deux hommes, assez âgés pour que l'on soit d'emblée convaincus de leur professionnalisme, sont, eux, moins séduisants, ou plutôt ont, pour les novices, une allure plus amusante : leur toque ébouriffée comme des caniches, laisse percer quelques sourires. Leur longue cape évoque plutôt des tuniques d'infirmiers que des vêtements de musiciens.

 

Mais loin de paraître disparates, ces habits représentent véritablement les modes vestimentaires des bardes d'Asie centrale (appelés bakshis), dont Tawus Annamyradova est l'une des représentantes fameuses. Ce type de concert a donc un statut particulier, même si sa facture immédiate donne l'impression d'un déroulement conventionnel. Les morceaux s'enchaînent en effet avec une rythmique implacable, hormis l'entrée en matière où les deux hommes offrent au départ une palette de leurs instruments.

 

 Pendant un court instant, le timbre du dotâr (luth) et du ghijak (vielle) rappellent les duos de la musique iranienne, avec le tar et le kamantché. Mais ici, la tenue du concert est telle qu'à entendre la voix de Tawus Annamyradova, on aurait envie d'en savoir plus sur ce qu'elle chante. En effet, ce style de musique étant souvent basé sur des épopées, la dimension narrative y est essentielle. Les chants commencent tous de la même manière, fonctionnant comme des invocations, marqués par une hauteur de timbre ; c'est une injonction faite au public pour qu'il écoute un récit. Pour les auditeurs occidentaux, cela ne paraîtra qu'un balisage régulier.

 

 Il y a peut-être une volonté de maintenir le fil du concert dans ce cheminement classique, là où, dans d'autres régions, et avec le même style épique, on peut atteindre à des prestations délirantes. Il en est ainsi du peuple karakalpak (nord de l'Ouzbekistan) qui, dans leurs manifestations musicales, se prête à des imitations de toutes sortes. L'expressivité des bardes y atteint un débordement bouffon, quand leur toque caractéristique se mettent à voleter sous leurs embardées gestuelles. Les expressions vocales - ici entendues de manière passagère -, dépassent le cadre du chant pur pour se transformer en borborygmes ébouriffants. Avec ce concert des Abbesses, on s'attache à l'ampleur vocale de Tawus Annamyradova, à son désir essentiel de maintenir l'intérêt du public, au point de revenir sur scène pour plusieurs rappels.

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