Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 22:48

 

 

 

Une scène du film documentaire américain de Joshua Oppenheimer, "The Act of Killing. L'acte de tuer" ("The Act of Killing").

 

 

The act of killing

 

Film de Joshua Oppenheimer

 

 

 A moins de se laisser abuser par la dimension spectaculaire d'un sujet explosif , il est difficile de ne pas sortir de la projection de "The act of killing" avec un sentiment de révolte. Révolte non pas contre tous ces criminels évoluant sous nos yeux, mais en raison de la complaisance totale, irresponsable, avec laquelle Joshua Oppenheimer les filme. Car le problème principal de l'approche de ce cinéaste, est de révéler une totale malhonnêteté intellectuelle et artistique.

 

 Car tout ce à quoi s'adonne Oppenheimer dans ce film boursouflé, ce n'est ni plus ni moins que de s'appuyer sur l'impunité totale dans laquelle évoluent ces criminels, - grands massacreurs d'opposants dans les années soixante, désignés ici seulement sous l'étiquette de "communistes" -, pour les faire rejouer leur rôle, ... en toute impunité. Et pour immerger le spectateur dans son théâtre cruel, il évacue totalement ce qu'on est en droit d'attendre d'un documentaire traitant d'un tel sujet : une mise en perspective historique.

 

 L'histoire, en effet, n'intéresse aucunement Joshua Oppenheimer, sans cela il nous aurait donné des informations autrement plus riches que les quelques lignes qui défilent au début du film, juste après la citation - ô combien adéquate - de Voltaire : "Il est interdit de tuer. Tout meurtrier est puni. A moins de tuer en grande compagnie. Et au son des trompettes". En l'évacuant, Oppenheimer prend acte de l'impunité des criminels non pour injecter un quelconque point de vue, une quelconque critique, mais pour se fondre dans le moule de leur arrogance et de leur vulgarité.

 

 On ne peut tout simplement pas dire de ce film qu'il documente la réalité, puisque Oppenheimer ne livre qu'un seul et unique pan de la réalité (le point de vue des criminels, duquel le spectateur est prisonnier de bout en bout) en oblitérant toute possibilité de faire parler d'autre voix : celles des victimes ou parents de victimes qui ne peuvent, par peur, s'exprimer. Pas de contrepoint qui aiderait à trouver une respiration, une catharsis, mais obligation de voir s'agiter ces monstres, dont Oppenheimer doit nous dire, en filigrane, que ce sont, après tout, des êtres humains.

 

 Le champ est tellement étroit que l'option d'Oppenheimer est de se contenter de suivre ces criminels érigés en cinéastes qui vont recruter des gens de la population pour jouer les communistes encore honnis. Vase clos qui, s'il rend compte de l'étroitesse de l'espace, permet de créer une forme d'antagonisme, de jeu manichéen, où le partage se résume à montrer, comme dans les westerns, le perpétuel conflit entre le bien et le mal. Il faut voir, à cet égard, le goût de ces hommes pour un certain cinéma américain, qu'ils tentent de reproduire dans les scènes qu'ils jouent.

 

 L'une des pires séquences témoignant de l'irresponsabilité du réalisateur, montre ces criminels allant tourner des scènes dans un village qui avait vu jadis de nombreuses victimes succomber lors de la traque des communistes. Des maisons sont à nouveau brûlées pour les besoins du tournage, et à la fin de la scène, il faut voir ces enfants acteurs d'un moment pleurer face au réalisme des scènes de meurtre ou de viol. Et l'un de ces criminels tente, d'une façon très rude, de rassurer un enfant en larmes, en lui disant que ce n'est qu'un film.

 

 Filmer une telle séquence, et laisser à un de ces tueurs l'occasion d'un repentir (Anwar Congo, qui dénonce la violence de cette scène au village) témoigne de la distance dans laquelle se tient Oppenheimer face à son sujet. Aucune implication, aucun parti-pris, juste une manière de condamner, une fois de plus, les victimes. Coupable position.

 

Partager cet article

Repost 0
Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
commenter cet article

commentaires

léosk 21/03/2014 17:49

Ce documentaire présente l'Homme sous son aspect le plus cru et je pense qu'il nous parle d'un problème bien plus vaste qu'un simple moment de l'histoire. C'est un acte de résistance à l'encontre
d'une vision manichéenne par l'humanisation des bourreaux qui nous rappel qu'en chacun de nous il y a ce potentiel de cruauté. Il nous rappel également qu'un bourreau, aussi horrible soient ses
actes ne reste pas moins humain et cette idée peut en faire réfléchir plus d'un sur la peine de mort.


Je pense qu'on ne peut lui affubler une mauvaise note pour de simples rappels historiques absents qui ne font surement pas partie de la démarche du réalisateur. Lorsque Goya a peint son ogre il n'y
avait pas lieu de l'affubler d'un uniforme de guerre appartenant à un contexte précis de l'histoire, cela ne faisait pas partie du sujet. Il est absolument réactionnaire de vouloir forcer un
documentariste à présenter un documentaire selon des codes vue revu et rerevu. La créativité dans les nouvelles formes du don de l'information doivent être encouragé pour ne pas se scléroser dans
une vision unilatéral des phénomènes humain

Blog De Karminhaka

  • : Attractions Visuelles
  • : Cinéma, théâtre, voyages, danse contemporaine, musique du monde
  • Contact

Recherche