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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 23:01

 

 

 

 

 

 

 

The day he arrives (Matins calmes à Séoul)

 

Film de Hong Sang-soo

 

Avec Yu Junsang, Kim Sangsoo, Song Sunmi, Kim Bokyung

 

 

 On peut, en regardant "The day he arrives", être gagné, à son insu, par une envie de rire, ou du moins de pouffer, dès lors qu'on entretient une certaine familiarité avec cet univers intimiste. Ce rire ne serait pas déclenché par un humour invasif interne au film, mais, à travers la reconnaissance d'éléments récurrents, par une envie de poser cette question : "encore ?". Car Hong Sang-soo, avec cet opus présenté l'année dernière à Cannes, fait montre de sa virtuosité à ronger le même frein thématique. On aurait tôt fait de le réduire au rang de cinéaste obsessionnel, tournant toujours autour des mêmes thèmes, cristallisés autour de la figure du cinéaste, double possible de Hong Sang-soo.

 

 Mais c'est oublier que si Hong est un maître en variations, c'est précisément parce qu'il s'appuie sur cette figure éprouvée du cinéaste saisi dans un état de vacance (ici, Seongjun) ; cela lui permet alors de développer ce vertige narratif. Un vertige qui, de prime abord, n'en a pas l'air, tant les moyens cinématographiques mis en oeuvre paraissent de plus en plus sobres. Mais c'est à cela qu'on reconnaît un grand cinéaste : l'appauvrissement des moyens n'empêche aucunement l'inspiration.

 

 Il faut d'emblée souligner à quel point cette figure de cinéaste, désormais inlassablement reprise, est celle qui permet de tisser les motifs narratifs les plus subtils dans l'univers de Hong Sang-soo. Son originalité profonde, en comparaison d'une approche occidentale, repose avant tout sur cette disponibilité de Seongjun. Pas d'action proprement dite, le cinéaste en question ne vit que sur sa réputation, ce qui le place au fond dans un espace d'incertitude schizophrénique. Cela passe autant par des éloges (les diverses rencontres avec la jeune femme à Bukchon) que par des doutes (les étudiants pas sûrs d'avoir vu ses films).

 

 Cette vacuité de Seongjun est propice aux rencontres hasardeuses, favorisées par les vicissitudes d'une existence indécise. Si les effets de surprise sont de plus en plus prononcés dans l'univers de Hong Sang-soo, cela est en grande partie lié au déplacement de la sophistication formelle vers une division des personnalités. La schizophrénie évoquée donne lieu à de nombreuses scènes surprenantes, dès l'entrée en matière. Ainsi, la rencontre avec Kyungjun, son ex-amie, dessine la nature des relations qui seront brossées dans le film : on se réconcilie, avec une sincérité apparente (les larmes de Seongjun), puis finalement on se quitte. Le même Seongjun éprouve une fascination pour Boram, amie de Youngho, mais à la fin d'une soirée forcément arrosée, embrasse fougueusement Yejeon, la patronne du bar (jouée par la même actrice qui incarne Kyungjun).

 

 Tous ces renversements de situation - avec le potentiel comique qu'ils induisent - pourraient plonger les personnages dans une sorte d'artificialité. C'est au contraire une poignante mélancolie qui finit par planer sur le film, liée à cette labilité émotionnelle. C'est le règne de l'incertitude affective, liée à la difficulté des personnages à se projeter dans un futur, ou à oser avouer leurs véritables sentiments (comme pour Youngho qui, au lieu de dire son attirance à Boram, élève la voix contre elle). La prégnance de la mémoire (un acteur qui reproche à Seongjun sa trahison) se résout en saisie de l'instant (on finit par se parler comme si le passé n'avait jamais existé) ; la scène de rupture entre Seongjun et Kyungjun n'en finit pas d'égrener ses moments de regrets (les sms qu'elle lui envoie, tous affectés par la tristesse).

 

 Dans sa façon d'appréhender ses personnages, Hong Sang-soo compense la pauvreté apparente de son esthétisme par une savante relation au temps. Les incessants zooms avant ajoutent à l'impression d'une saisie de l'instant - comme si la caméra s'invitait par effraction dans les conversations des personnages - et s'opposent paradoxalement à la répétition obsessionnelle, en particulier dans le bar, avec les apparitions décalées de la patronne. Instants fugitifs, coupures des élans se combinent avec des moments d'éternisation, de recommencement. Ces impressions multiples viennent marquer la contingence des actes et des comportements.

 

 On ne dira jamais assez à quel point cette matière volatile qui irrigue les fictions de Hong Sang-soo repose sur la consommation d'alcool. Elle rend relative toute décision, toute détermination. L'enthousiasme d'un soir, avec ce qu'il suppose de spontanéité, peut se défaire le lendemain, dans un matin calme où les personnages tentent de quitter leur cerveau embrumé - splendide séquence des quatre tenant à peine debout. Le film se clôture sur une belle scène où il s'agit précisément - devant la notion de fuite qui envahit l'intrigue - de fixer un corps dans une unité graphique.


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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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