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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 11:25

 

 

 

 


 

 

TheTree of life

 

Film de Terrence Malick

 

Avec Brad Pitt, Jessica Chastain, Sean Penn 

 

 Deux mouvements, pour le moins contradictoires, ont précédé la sortie parisienne de "The Tree of life", de Terence Malick : celui d’un film palmé, installant définitivement une œuvre au firmament de l’art cinématographique, imprégné d'une aura mythique entourant l’absence d'un réalisateur discret - mythification simultanée de l’homme et de l’objet, prolongée par une filmographie restreinte. Dans un second temps, le retour à une temporalité plus immédiate a réservé un accueil critique mitigé à Cannes, certains fustigeant un style ampoulé.

 

 Passé l’effervescence cannoise, avec tout ce qu’elle comporte d'exagérations et d'amplifications (la standing ovation auquel a eu droit Alain Cavalier après la projection de "Pater"), la vision du film de Malick peut se faire avec un œil plus apaisé mais néanmoins éveillé. Dès lors, il faut se rendre à une évidence : "The Tree of life" stupéfie par ce qu’il propose comme univers cinématographique ; par l’évidence avec laquelle un style éclate devant nous. Le talent à l'oeuvre dans  "The Tree of life ", c’est avant tout la puissance d’un style, et rien d’autre.

 

 Dans un film comme "Les moissons du ciel", Malick faisait déjà montre de ce qui, bien plus que l’humain, l’intéressait : le rapport à la nature, aux éléments, au point que l’épaisseur psychologique de ses personnages passait au second plan. Dans "The Tree of life", avec la maturité acquise, Malick étend son univers au point que la nature s'englobe dans un champ plus cosmique. Il sera facile pour les détracteurs de faire de cet élargissement l’argument d’une grandiloquence.

 

 Force est de constater que Malick, dans cet espace visuel étonnant, ratisse large, en prenant son temps pour nous montrer des images organiques, et se confronter ni plus ni moins à la naissance de l’univers. Mais cet ambitieux projet, qui trouve sa justification humaine dans la croyance des personnages, ne serait que vagabondage formel, tour de force visuel si précisément l'humain n’y trouvait pas une place des plus fortes.

 

 C’est l’antipsychologisme foncier de "The Tree of life" qui nourrit la liberté étonnante de la narration. Peu d’explications sont données, de prime abord, et en même temps, très tôt, la mort d’un enfant est signifiée explicitement. L’absence de mots qui accompagne cette information capitale inscrit d’emblée l’histoire dans une dimension supra-humaine. La douleur des protagonistes, en particulier de la mère, est montrée presque au hasard d’un mouvement de caméra, comme si les émotions ordinairement ressenties étaient ici passées par le moule du recueillement. La douleur est une prière, un état, qui ne s’intègre dans aucun flux narratif régulier. Elle apparaît, mais pour être mieux absorbée dans un mouvement plus grand que les personnages. 

 

 En cela, la ténuité des indices psychologiques autorise ainsi une narration discontinue. Le film est passionnant surtout par sa manière d’envelopper les agissements des personnages dans un cycle non chronologique, merveilleusement représenté par les positions des enfants, qui sont parfois deux, trois, puis à nouveau deux. En cela, la mort de l’un d’eux ne devient plus un élément dramatique, qui imprimerait une cadence affective aux personnages, mais un attribut dynamique, une pulsation invitant à des frictions incessantes des corps. Un corps apparaît et disparaît, comme la lumière d’une étoile brille d’un éclat intense, pour être ensuite voilé par les nuages. On est à la limite de la confusion sur l'évolution de ces enfants, alors même que les liens tissés entre eux sont très forts. Sean Penn incarnant l'aîné des garçons adulte renforce ces états du temps très particuliers.

 

 Cet affranchissement d’une continuité est rendu avec une maestria incomparable par les mouvements de caméra. Dans de longs travellings tournoyants s’exprime une liberté de ton, particulièrement lorsque les enfants sont suivis. La caméra, dans sa façon de coller à chaque mouvement des personnages semble tellement faire corps avec eux, instaurer une telle intimité, qu’elle devient elle-même personnage. Une caméra-œil, littéralement, qu vient fouiller dans les recoins les plus intimes. Une caméra comme l’expression ultime d’un regard divin. On a rarement vu une technique de cinéma avoir un retentissement aussi sensible au cinéma sur les corps qui sont filmés.

 

 A cause de ses nombreuses images de cosmos, on a parfois comparé "The Tree of life" à "2001 : l’Odyssée de l’espace", de Stanley Kubrick. Comparaison facile ? On a plutôt envie ici d’évoquer les cinéastes russes, dans ce rapport étroit que le cinéaste établit entre ses personnages et la nature (depuis au moins Dovjenko avec "La terre"), par les amples mouvements signifiés par la caméra ; et plus particulièrement Andrei Tarkovski, pour la dimension mystique patente de ses films. Tarkovski qui par ailleurs critiquait l’absence de spirituel dans le film de Kubrick. La présence des enfants chez Malick, leur sensibilité à l’espace rappelle parfois celle des enfants dans "Le  Miroir".

 

 La fin de "The Tree of life" prend des allures de déambulation new-age, avec les scènes sur la plage. Mais ces échappées "naïves" ne suffisent pas à réduire le caractère expérimental du film, son originalité profonde, assortie d'une belle qualité des comédiens (Brad Pitt en tête, avec une mention à Jessica Chastain, au jeu d'autant plus sensible qu'elle a peu de dialogues). La discrétion de Malick ne semble avoir d'égal que l'étendue de son talent.


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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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