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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 11:05

 

 

 

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                                                      Photo :  Elisabeth Carecchio

 

 

Tristesse animal noir, d'Anja Hilling

 

Mise en scène de Stanislas Nordey

 

Avec Vincent Dissez, Valérie Dreville, Frédéric Leidgens, Lamya Regragui, Laurent Sauvage, Thomas Gonzalez

 

 

"Tristesse animal noir", d'Anja Hilling, avant d'être, dans la mise en scène de Stanislas Nordey, une pièce à l'élan textuel sophistiqué, frappe par son fourmillement didascalique ; au point que l'option choisie par Nordey est de les faire dire par les comédiens, et de les représenter sur scène. Nous ne sommes pas habitués, chez Nordey, à cette imagerie visuelle. Sa précédente mise en scène marquante ("Sodome, ma douce", récemment reprise), à côté de la prestation intense de Valérie Lang, se signalait par une sobriété frisant la sécheresse.

 

Mais les défis auxquels s'attelle Nordey en tant que metteur en scène trouvent leur source dans un recherche constante de textes nouveaux - en ce sens, et compte tenu de son âge, il n'est pas moins un grand découvreur que Claude Régy. Qu'il s'empare de textes de Didier-Georges Gabily comme "Violences : Âmes et Demeures" et "Corps et tentations" - qui d'ailleurs, a osé depuis porter à la scène cette oeuvre peu évidente ? -, ou qu'il mette en lumière Laurent Gaudé ou Christophe Pellet, cette approche est à saluer.

 

Il y a surprise donc à se retrouver, devant "Tristesse animal noir" face à un décor pour le moins marquant. En début de pièce, dans le fond, une toile représentant une forêt tandis que devant, juste au-dessus des comédiens, un grand tableau suspendu sur lequel trônent des attributs de pique-nique. C'est du pur décoratif, renouvelant une approche ancienne, censée tapisser l'imaginaire du spectateur face au drame qui va se dérouler sous ses yeux.

 

C'est en cela que l'on peut sentir chez Nordey une attention au texte : lui qui précisément, avec un Gabily, pouvait insuffler une vie insoupçonnée à une oeuvre difficile en travaillant la question du rythme, se sert cette fois-ci d'un décor comme écrin. Pourtant, dès l'entame de la pièce, le rythme, rapporté à la perception d'un texte, est présent, en raison des dialogues enlevés et du nombre de comédiens présents sur scène. Dialogues fusant d'un personnage à l'autre, traversés d'élans cyniques, dans ce groupe de bobos se rendant en forêt pour y pique-niquer et dont la virée va basculer en drame.

 

De cette pièce constituée de trois parties, des tons différents se détachent. Si la première met en oeuvre une circulation de la parole réjouissante, la deuxième, intitulée "Le feu", se veut beaucoup plus distanciée. D'un sentiment de spontanéité, on bascule, sur un mode distancié, à du pur récit, où les protagonistes prennent tour à tour la parole pour narrer un moment particulièrement dramatique. On sent quelque chose de forcé dans cette succession de monologues et Anja Hilling, de vouloir se situer dans la lignée des grands récits dramatiques ("Phèdre", par exemple), donne à son texte une allure alambiquée. C'est le risque que court "Tristesse animal noir" :  en adoptant plusieurs régimes narratifs, vouloir démonter (démontrer) de manière trop consciente la portée dramatique.

 

 Ce moment de stase scénique, où tout menace de se figer - jusqu'au jeu des comédiens -, Nordey choisit de le figurer dans ce qui est sans doute la plus belle partie sur le plan scénographique. La différence d'exploitation du décor est patente : après la forêt et le tableau dressés et leur allure somme toute rudimentaire, cette façon de signifier le feu avec des ampoules se révèle aussi séduisant qu'ambigu : beauté de ce qui relève de l'installation pour signifier l'intensité du tragique. Une pluie de cendres contribue encore à donner à la scénographie un fort pouvoir évocateur. 

 

La troisième partie, revenant à une forme plus dialoguée, place les protagonistes face au traumatisme et les moyens mis en oeuvre pour le dépasser : déni, recours à l'art. La pièce, en ce sens, peut faire penser au roman de Russel Banks, "De beaux lendemains", porté au théâtre par Emmanuel Meirieu, pour ce qui est du traumatisme lié à la mort d'enfants. Si les comédiens retrouvent leur qualité de jeu initiale, on reste ici beaucoup plus réservé sur le choix d'Anja Hilling de transformer en artistes certains des protagonistes. On a l'impression d'une sorte de caricature où, sous prétexte de mettre en situation des bobos, leur espace d'épanouissement ne peut que s'ouvrir sur l'art. C'est un peu trop de maîtrise artistique pour que cela soit convaincant.

   

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Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
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CRM 29/04/2014 11:59

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