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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 22:01

 

 

 

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Umusuna

 

chorégraphie, conception et direction d'Ushio Amagatsu

 

 

 On ne présente plus Sankaï Juku, la troupe de butô, depuis longtemps invitée au Théâtre de la Ville. Une institution, comme a pu l'être le passage de Pina Bausch sur la même scène, avec cependant beaucoup plus de régularité pour la chorégraphe allemande.

 

 Une troupe célèbre qui en appelle, de par l'affirmation de leur esthétique, à s'interroger sur le discours qu'on peut encore développer sur chaque nouvelle pièce. Et sur ce blog, c'est au regard de la récente découverte d'une autre fameuse troupe de butô, Dairakudakan, qu'on peut à nouveau éprouver l'univers de Sankaï Juku.

 

 Face à la troupe emmenée par Maro Akaji, celle de Ushio Amagatsu poursuit d'inlassables interrogations qui mettent en oeuvre ni plus ni moins la question de l'inscription de l'homme dans l'univers, de la naissance à la mort. Indéfectible cosmogonie qui a donné tant de chef-d'oeuvres. Quand Dairakudakan, avec la veine burlesque, carnavalesque qui leur sied, n'hésite pas à aborder des genres différents (le Kimpun Show, sorte de spectacle de cabaret), ou à coller à une certaine actualité ("L'homme de cendre" intégrant des éléments liés au tsunami de mars 2011), Sankaï Juku, après avoir dépoussiéré le butô de sa veine ténébreuse, poursuit un inamovible chemin.

 

 Mais, une fois de plus, "Umusuna", la dernière création, fait merveille. Est-ce lié à cette mise en scène qui, d'emblée, installe un sentiment d'équilibre dans lequel le spectateur trouve immédiatement ses marques : un panneau lumineux rouge, vertical, aux deux côtés desquels sont suspendus deux sortes de balanciers ? Ils sont suffisamment volumineux pour pouvoir contenir un corps d'homme, mais tout le long du spectacle, on les verra monter et descendre, doucement.

 

 Justement, cette balance vient tranquillement contrarier ce bel équilibre, comme pour nous dire qu'il faut constamment remettre en question toute assise, toute assurance quant à la question des fondements. Mouvement perpétuel, réaffirmation de la place à occuper dans l'univers. Cette impression est amplifiée par un indicateur essentiel dans le spectacle : un sable venu d'en haut s'écoulant en permanence sur la scène, l'inondant, et donnant la matière sur laquelle les danseurs vont évoluer.

 

 Ce qu'il y a de plus beau chez Sankaï Juku, c'est que ces incessantes interrogations s'appuient sur une belle tension et une dialectique sans cesse réaffirmées entre naissance et mort. L'inscription dans un champ universel est toujours livrée à travers des traces fébriles, qui reflètent la fragilité de l'homme : corps qui, tels des enfants, s'agitent comme n'ayant pas encore maîtrisés le mouvement, renvoyant à une animalité fondamentale ; puis de soudaines accélérations des gestes au milieu d'un tempo généralement lent. Mais il y a surtout, très emblématique, ces bouches qui s'ouvrent, à la fois pour proférer un cri, mais tout aussi rechercher une respiration, en inscrivant en eux leur relation au monde.

 

 Cette recherche constante d'une origine est magnifiée à travers l'inlassable balai de corps blanchis, en un rituel constamment renouvelé. Entre agitations animales fébriles et épuration savante des gestes, ces corps fantômes, surgissant de quelques zones obscures, laissent décidément une trace indélébile.

 

Umusuna-2.jpg

 



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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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