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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 11:54

 

 

 

 

 

Un amour de jeunesse

 

Film de Mia Hansen-Love

 

Avec Lola Créton, Sebastian Urzendowsky, Magne Havard Brekke

 

 

 Ainsi, "Un amour de jeunesse" vient clôturer une trilogie, précisément axée sur la jeunesse. Pour une cinéaste ayant atteint la trentaine, l'entreprise peut paraître aussi paradoxale qu'osée. Fort de son statut de jeune cinéaste installée dans l'univers cinématographique français, Mia Hansen-Love a toute autorité pour aborder un thème aussi universel sous un angle personnel. Mais la trilogie en question, avec la notion d'achèvement qui lui est attachée, ne manque pas de susciter quelques interrogations liées précisément au devenir de cette cinéaste.

 

 On peut trouver osé d'aborder son entrée dans le monde du cinéma en usant d'une forme impliquant une notion d'achèvement, là même où toute création vise une ouverture vers l'indéterminé. La question de la maîtrise semble hanter Mia Hansen-Love depuis son premier film, "Tout est pardonné". Les trous temporels représentés par les ellipses y étaient comblés, dans la deuxième partie, par d'incessantes explications sur ce qui s'était passé avant. Dans "Le père de mes enfants", la disparition du producteur au milieu du film installait, dans la deuxième partie, une énergie mélancolique qui se confondait avec l'absence même.

 

Tout ceci pour dire que, dans l'univers de Mia Hansen-Love, la division a à voir, depuis le début, avec la question de la clôture, aussi bien que toute projection vers le futur se fonde sur des stigmates du passé. Et plus encore dans "Un amour de jeunesse", avec ses trois parties bien distinctes, dont la dernière se referme sur elle-même, quand bien même le film s'achèverait sur une belle séquence d'écoulement, de fuite, signifiée par l'eau et le chapeau. L'indétermination des actes, des comportements, des affects, s'adosse en définitive à une assurance formelle. 

 

 Dans "Un amour de jeunesse", cette sûreté du dispositif se manifeste par les incessants mouvements panoramiques de la caméra. Ils accompagnent le moindre déplacement des personnages, particulièrement ceux de Camille, l'héroïne. Cette visée stylistique extrêmement affirmée pose la question de la pertinence d'englober un film au contenu résolument sentimental dans une gangue visuelle aussi marquée. Car, quelles que soient les parties présentées, les émotions et conflits qui y sont déclinés réaffirment la mainmise d'une empreinte formelle. 

 

 La troisième partie, la plus sensible, en ce que le retour de Sullivan provoque un effet dévastateur chez Camille, fait aisément oublier la seconde, trop confortable dans son pseudo-apaisement. Mais c'est sans doute la première partie qui se révèle problématique dans ce film, dans sa manière de décliner des figures traversant un large spectre du cinéma français contemporain. Cela va de Eustache, avec cette rétention des émotions gagnant littéralement des corps empruntés - dans cette rigidité qui menace de les gagner, Sebastian Urzendowsky se distingue par sa diction sèche, son ton décalé, sans atteindre la radicalité d'un jeu bressonnien - jusqu'à Olivier Assayas, dont Mia Hansen-Love emprunte, comme dans "L'eau froide", bien des figures d'adolescents butés. 

 

 Dans cette résistance des personnages à tout épanchement (si ce n'est verbal), à tout débordement, toute conquête (spatiale, affective), on assiste à un triomphe du repli. Le passé, tapi dans l'ombre, reprend ses droits et le film retourne à son point de départ, avec d'autant plus de facilité que l'allure visuelle est demeurée la même. On espère pour Mia Hansen-Love qu'avec cette manière de boucler une trilogie, elle entame, dans sa future vie de cinéaste, un rapport au réel dégagé d'un trop-plein référentiel. Le moment suspensif final de "Un amour de jeunesse", où se délient les formes et les paroles, en est peut-être la préfiguration.

 

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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