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21 juin 2011 2 21 /06 /juin /2011 15:00

 

 

 

 

 

 

Une séparation

 

Film d'Asghar Farhadi

 

Avec Leila Hatami, Peyman Moadi, Shahab Hosseini

 

 Le festival de Berlin réussit à Asghar Farhadi, qui se voit couronné de deux ours (d'or, et d'argent pour l'ensemble des comédiens), après l'ours d'argent obtenu en 2009 pour "A propos d'Elly". Que cette consécration soit à mettre sur le compte d'une prise de position politique, en regard de l'actualité tragique de l'Iran, d'aucuns ne manqueront pas de le soulever, avec plus ou moins de légitimité. Il faut savoir que le scénario de "Nader et Simin, une séparation" (titre réel) a été avalisé par le gouvernement iranien, là où certains voient dans le tournage en Iran une audace.

 

 A vrai dire, que le couronnement du film de Farhadi réponde à un opportunisme politique ne doit tout simplement pas empêcher de l'aborder sous d'autres angles  : esthétique, moral, sociologique. Il ne fait pas de doute que Farhadi, dans cette fiction, nous parle de son pays, ici et maintenant, au point que la difficulté réside dans le détachement à adopter pour en rendre compte comme film essentiellement. Sa dimension sociologique patente renforce l'approche idoine que pourrait en avoir le spectateur, qui jugerait le film uniquement à l'aune d'un discours sur l'Iran d'aujourd'hui.

 

 Le début de "Une séparation" rappelle ainsi des documentaires déjà vus sur l'Iran, notamment sur son système judiciaire. Un divorce entre Nader et Simin, un juge qui invalide la légitimité de la demande de la femme, renforçant l'idée, largement connue, d'une oppression de la femme en Iran. La simplicité du plan, l'effet de réel renforcent cette approche documentaire.

 

 Mais nul doute que Farhadi ne peut se contenter de cette matière réaliste inaugurale. L'échappée vers la fiction pure se fait de manière brutale, quasiment post-moderne, sous forme de jeu manipulateur : Simin avoue un peu plus tard dans le film qu'elle n'était pas réellement partie. Il fallait ce coup de force pour baigner les personnages dans une histoire ponctuée de cris, d'invectives. Il faut tout de même rendre justice au titre, qui signifie, au fond, que la question de la séparation, bien que représentée ici par le prisme iranien, est universelle. 

 

 C'est à partir du moment où la fiction trouve ses points d'appui bien définis, ses conflits nettement marqués, que le film devient réellement étouffant, éprouvant. Chaque séquence est désormais basée sur un conflit interne, une irréconciliation totale entre les personnages. Cela fonctionne souvent par duo : Nader et Simin, Nader et l'aide-soignante, Nader et le mari de celle-ci, le mari et l'institutrice. Toute psychologie des personnages est affiliée à cette réduction conflictuelle.

 

 Le seul corps, dans le film, qui n'obéit pas à cette tension incessante - et pour cause - est celui du père de Nader, affecté de la maladie d'Alzheimer. Corps embrayeur de fiction, aussi présent qu'il est muet ; le corps le plus manipulé au propre (par l'infirmière et Nader) comme au figuré (par le cinéaste qui en fait le principal liant entre les séquences, le catalyseur de la cascade de malheurs). Ce traitement rappelle beaucoup celui fait à la vieille dame malade dans "Family viewing", de Atom Egoyan.  

 

 Différente est la position des enfants dans le film de Farhadi. Dans sa volonté de représentation réaliste du couple, le cinéaste les immerge dans les conflits les plus tendus entre parents. Impossible de les dissimuler, de les préserver : on note un va-et-vient entre une position de spectateurs assistant derrière une porte aux disputes incessantes des adultes et une implication totale. La fille de l'aide-soignante est littéralement obligée à mettre la main à la pâte : aider sa mère à soulever le père de Nader, comme de descendre une poubelle au point de se coller à la saleté.

 

 Si le cinéma iranien est riche de la présence des enfants, elle s'opérait jusqu'alors sous un angle particulier : métaphorique avant tout, destinée à contourner les représentations d'adultes par trop risquées, elle prend ici un tour singulier. Les enfants sont dans le monde des adultes, non plus à côté, évoluant pleinement dans leur espace. En cela, "Une séparation" s'inscrit dans le sillage de "Ten", de Kiarostami où, dans une voiture, un enfant tenait tête à sa mère jusqu'à lui faire la leçon. Les questions posées par Termeh à son père Nader se souviennent peut-être de ce film.

 

 "Une séparation" pêche sans doute par l'immense espace accordé à la parole, écartant la place du vide. Farhadi a foi dans la capacité de ses personnages à se parler, quand bien même le déluge verbal n'empêcherait pas de buter sur une incompréhension radicale. C'est parfois trop démonstratif : les échanges entre Nader et le mari de l'aide-soignante soulignent beaucoup trop, et de manière répétée, leur appartenance sociale respective, quand la réticence de la femme à déshabiller un vieil homme suffit à montrer les écarts. D'une séquence à l'autre, les plans ont du mal à respirer face à cet envahissement verbal. On en apprécie d'autant plus la dernière séquence, sur fond de générique, avec son indétermination, la séparation effective de Nader et Simin dans le plan.

  

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Publié par Karminhaka - dans CINEMA (critiques)
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