Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 17:01

 

 

 

Vers-Wanda.jpg

                Photo : Elisabeth Carecchio

 

 

Vers Wanda

 

Projet de Marie Rémond

 

Avec Marie Rémond, Clément Bresson, Sébastien Pouderoux

 

 

 Début de l'année 2012, la romancière Nathalie Léger sortait un livre intitulé "Supplément à la vie de Barbara Loden". Dans le titre seul, on décèle à la fois un point d'appui, puis une dérive. Point d'appui : la véracité d'un nom, celui d'une femme connue pour être la femme d'un grand réaisateur, Elia Kazan, mais surtout la réalisatrice d'un film d'avant-garde marquant, "Wanda". La dérive, c'est l'écart par rapport à une réalité biographique pour inscrire une figure dans l'imaginaire, dans l'irréalité d'une fiction.

 

C'est à la suite de la lecture de ce livre que Marie Rémond, metteuse en scène, a été amenée à découvrir le film et a opté pour une double polarisation de sa pièce sur le personnage fictif de Wanda et de la cinéaste. Le beau titre, "Vers Wanda", témoigne, à la manière d'un livre de Virginia Woolf (Vers le phare), d'un mouvement fragile, incertain. Elle nous invite à emprunter les rails nous menant à découvrir progressivement un personnage qui a marqué des générations, de Marguerite Duras à Isabelle Huppert, dont les noms résonnent dans le spectacle : l'une à travers une critique, l'autre parce qu'elle a contribué à la ressortie du film.

 

Marie Rémond se nourrit donc de différents plans de réalité (lecture d'un livre récent, articles, vision de film) pour composer un spectacle hybride, avec l'aide de ses deux complices. Ainsi, le début de "Vers Wanda" adopte l'attitude à priori peu séduisante d'une distanciation critique, dans tous les sens du terme : un comédien reprend une critique du film. La pièce, conçue littéralement au départ comme un spectacle en chantier (Marie Rémond découpe une planche avant même le début, un tas de charbon prend des airs d'installation), se veut exploration, tatonnement à la recherche d'une vérité sur un personnage.

 

En se coulant dans le rôle de Wanda, Marie Rémond épouse un temps l'effacement du personnage de Barbara Loden, qu'elle interprète également. Effacement qui confinait, chez Wanda, à une passivité qui avait valu à l'actrice les foudres des féministes. Sur scène, Marie Rémond, en prolongeant cette discrétion permet à ses compères de se livrer à fond dans leur rôle : alors que Sébastien Pouderoux campe un Elia Kazan avec conviction, rendant avec force le machisme et la mauvaise foi du cinéaste, Clément Bresson fait littéralement basculer le spectacle vers une dimension bouffonne. Qu'il interprète Monsieur Denis, le braqueur, Phil ou Kirk Douglas, sa virtuosité laisse planer un souffle jubilatoire sur la scène et fait de la pièce une succession de moments inventifs et débridés.

 

C'est pourtant là que "Vers Wanda" laisse une impression curieuse : à laisser autant d'espace de jeu à ses compères (le personnage de Kazan, notamment, par sa puissance d'infantilisation), Marie Rémond donne l'impression que Barbara Loden, femme flouée par son mari cinéaste, reste encore un peu dans l'ombre. Cela n'empêche pourtant pas le spectateur de retrouver, à travers la reconstitution de certaines scènes, le parfum singulier d'un film mythique.

 


Partager cet article

Repost 0
Publié par Karminhaka - dans THEATRE (critiques)
commenter cet article

commentaires

Blog De Karminhaka

  • : Attractions Visuelles
  • : Cinéma, théâtre, voyages, danse contemporaine, musique du monde
  • Contact

Recherche