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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 16:00

 

 

 

Vertical Road

 

Spectacle d'Akram Khan

 

 En l'espace de quelques années, Akram Khan, chorégraphe d'origine bangladaise né à Londres, aura pris une toute autre dimension. A ses débuts, il était alors passionnant de le voir passer avec une certaine aisance de la posture de danseur de kathak à celle de chorégraphe ayant assimilé les techniques modernes occidentales. Le kathak, danse traditionnelle du nord de l'Inde, beaucoup moins représentée en France que le bharata natyam, était un fleuron de la cour des moghols, où il a connu son apogée. Satyajit Ray en a donné une magistrale illustration dans son chef-d'oeuvre "Le salon de musique". 

 

 

 Quand bon nombre d'artistes tenants d'une tradition séculaire peinent à opérer ce passage vers la modernité, Akram Khan profite d'un double déplacement : sa naissance à Londres l'ancre dans un horizon ouvert, tandis que l'origine bangladaise de ses parents - le Bangladesh n'étant pas une terre d'élection du kathak - lui permet de subvertir cette danse.    

 

Avant "Vertical Road", "Gnosis" commençait à créer une brèche au sein même du kathak, en introduisant des éléments non spécifiquement indiens, dans l'accompagnement musical notamment. On en vient à dire que l'existence créatrice d'Akram Khan ne se divise plus entre sa veine occidentale et ses origines bangladaises. Ces deux pôles deviennent progressivement étanches avant de se refonder en un universalisme frémissant. Au départ, il y avait les solos de kathak, ancrés dans la tradition indienne, et les chorégraphies contemporaines, axées essentiellement autour du travail harmonieux du groupe. Depuis, Akram Khan est passé par l'expérience du duo : avec un homme (Sidi Larbi Cherkaoui), puis une femme, qui plus est actrice (Juliette Binoche).

 

 Avec "Vertical Road", Akram Khan franchit une dimension supplémentaire. Sa capacité, maintenant largement éprouvée, d'intégrer des éléments esthétiques multiples, éclate à travers cette pièce. Le titre, outre de représenter l'axe ascendant, spirituel, renvoie aussi à la notion de parcours accompli, déterminé. Il faut effectivement arriver à une certaine clarté du discours, une assurance pour faire intervenir autant d'éléments dans "Vertical Road", en fonction de l'origine des danseurs. Akram Khan y fait éclater son espace d'appartenance initial du sous-continent indien. Sont convoqués, en gros, et avec évidence, dans cette dernière pièce, Rumi, le fabuleux poète soufi créateur de l'ordre des derviches tourneurs ; des figures d'art martial ; le buto japonais (plus particulièrement Sankai Juku).

 

 Si les scènes de groupe confirment la virtuosité d'Akram Khan (équilibre des mouvements, harmonisation des danses), cet empilement finit par gêner, tout comme la volonté d'inscrire le spectacle dans un champ spirituel, autour de la thématique de l'ange dans les différentes cultures convoquées. Dans cette pièce, c'est plutôt l'aspect physique qui prévaut, à travers d'une part le tranchant et la rapidité des mouvements, caractéristiques chez ce chorégraphe, et d'autre part la tension régnant entre les danseurs. 

 

 Au fond, depuis ses débuts, Akram Khan a pu intriguer dans sa représentation des groupes. On y trouvait rarement de contact entre ses danseurs. L'individualisation était aussitôt absorbée dans une osmose synchronique. Dans "Vertical Road", les contacts sont présents, mais ils sont désormais moins le fait d'un travail réellement chorégraphique que d'une tension physique. Cette approche énergique entre les corps confine souvent au rapport guerrier, nuisible à la respiration de ce travail. Au point que l'insertion de références à une danse comme celle des derviches tourneurs se révèle problématique : car comment croire à une charge spirituelle, dont celle-ci est empreinte, quand la nature de ce qui se déroule sous nos yeux est orientée vers un art du combat ?

 

 Il en est de même pour les références à Sankai Juku, avec la figure d'une sorte d'officiant renvoyant à la position d'Ushio Amagatsu. Cependant, l'allure générale de "Vertical Road" s'éloigne de l'intériorité de la troupe japonaise, à cause notamment d'une musique tonitruante. Certes, Akram Khan élargit son horizon esthétique, brasse des cultures et origines différentes, mais au risque d'une certaine dispersion. 

  

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Publié par Karminhaka - dans DANSES CONTEMPORAINES
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